Maariv : Israël paie le prix de son alignement sur Trump

Scenic view of the Al-Aqsa Mosque amidst the historic architecture of Jerusalem's Old City, bathed in warm daylight.Photo : Yasir Gürbüz / Pexels

La presse israélienne s’interroge ouvertement sur le coût de l’alignement de Benyamin Netanyahou sur Donald Trump. Dans une analyse relayée par le quotidien libanais Al Akhbar, le journal Maariv soutient qu’Israël paie aujourd’hui le prix d’une proximité devenue déséquilibrée avec la Maison-Blanche. La formule employée est cinglante : le « rugissement du lion » brandi par le Premier ministre israélien se serait mué en « gémissement ». Derrière l’image, c’est toute la posture régionale de l’État hébreu qui se trouve questionnée.

Un partenariat stratégique qui se retourne contre Tel-Aviv

L’argumentaire de Maariv part d’un constat simple. La coalition au pouvoir à Jérusalem a parié sur un soutien sans réserve de l’administration Trump, espérant en tirer une marge de manœuvre élargie sur les dossiers palestinien, iranien et libanais. Or, le rapport de forces s’est progressivement inversé. Le président américain impose désormais son tempo, ses priorités diplomatiques et ses propres calculs électoraux, reléguant les intérêts israéliens à un rang secondaire lorsqu’ils contredisent l’agenda de la Maison-Blanche.

Cette inversion s’observe sur plusieurs fronts. Les négociations autour de Gaza, les arbitrages régionaux concernant l’Arabie saoudite, la pression sur l’Iran ou encore le dossier syrien ont vu Washington avancer ses pions sans toujours consulter l’allié israélien. Le cabinet Netanyahou, longtemps maître du jeu narratif, se retrouve contraint d’accepter des compromis qu’il avait écartés.

Le « rugissement du lion » réduit au silence

La métaphore animale n’est pas neutre. Le slogan « zaïr al-assad », littéralement le rugissement du lion, renvoie à l’opération militaire revendiquée par Israël contre l’Iran et à la rhétorique martiale déployée par le pouvoir israélien depuis le 7 octobre 2023. Maariv suggère que cette dramaturgie guerrière, pensée pour projeter une puissance dissuasive, masque mal la dépendance opérationnelle et politique de Tel-Aviv vis-à-vis de Washington.

Concrètement, l’État hébreu peine à imposer ses lignes rouges. Les décisions américaines sur le rythme des livraisons d’armements, la teneur des résolutions discutées au Conseil de sécurité ou les contacts directs entre Donald Trump et certaines capitales arabes échappent largement au contrôle israélien. Le journal y voit la preuve qu’un partenariat asymétrique, lorsqu’il devient exclusif, finit par neutraliser la diplomatie de la partie la plus faible.

Une lecture interne qui ébranle la coalition Netanyahou

Le ton adopté par Maariv, journal grand public et non marginal de la scène médiatique israélienne, témoigne d’un malaise qui dépasse les cercles d’opposition. Plusieurs voix au sein même de l’establishment sécuritaire estiment que l’alignement quasi automatique sur les positions du président américain prive Israël de relais alternatifs, notamment en Europe et auprès d’États arabes modérés. La normalisation espérée avec Riyad, présentée comme l’horizon stratégique du mandat Netanyahou, paraît désormais conditionnée à des concessions politiques que le cabinet rechigne à formuler.

Par ailleurs, l’analyse pointe une contradiction interne. Le discours officiel continue de célébrer la « plus grande amitié jamais offerte à Israël » par une administration américaine, tout en encaissant des décisions perçues comme défavorables. Cette dissonance fragilise la crédibilité du gouvernement auprès d’une opinion publique israélienne déjà éprouvée par la guerre à Gaza, le sort des otages et le coût économique du conflit.

Quelles options pour Jérusalem

Reste la question des marges de manœuvre. Diversifier les alliances, réinvestir le canal européen, restaurer un dialogue stratégique avec certaines capitales du Golfe : autant de pistes évoquées dans le débat israélien mais difficiles à actionner tant que la coalition reste arrimée à l’agenda trumpien. À court terme, le gouvernement Netanyahou semble condamné à accompagner les initiatives de la Maison-Blanche, quitte à voir ses propres priorités diluées dans un cadre dicté depuis Washington.

L’analyse de Maariv s’inscrit dans une séquence plus large de réévaluation, en Israël comme dans la région, du rendement réel de l’axe Tel-Aviv–Washington sous Donald Trump. Pour les capitales arabes, et particulièrement Beyrouth, Damas et Téhéran, ce constat de fragilité ouvre un espace politique nouveau. Selon Al Akhbar, qui relaie l’analyse du journal israélien, le mythe d’une puissance israélienne souveraine dans ses choix stratégiques se trouve désormais publiquement contesté jusque dans la presse de l’État hébreu.

Pour aller plus loin

Tony Blair appelé à un rôle élargi dans l’administration de Gaza · L’Iran revendique une défense aérienne 100% nationale, sans appui étranger · Nucléaire iranien : un responsable israélien dénonce un accord nuisible

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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