Cacao camerounais : le kilo dépasse 2 000 FCFA en fin de campagne

Close-up of cocoa beans drying in rural Nigeria, showcasing natural texture and agricultural process.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

Le cacao camerounais retrouve un peu d’oxygène. D’après les relevés de l’Office national du cacao et du café (ONCC), le kilogramme de fèves s’échangeait entre 2 000 et 2 050 FCFA le 22 juin 2026, soit une nette amélioration par rapport aux niveaux pratiqués durant la majeure partie de la campagne 2025-2026. Cette barre symbolique, longtemps attendue dans les bassins de production, est franchie à quelques semaines de la clôture théorique de la saison, fixée au 15 juillet.

Pour les planteurs, ce rebond intervient toutefois trop tard pour redresser un exercice marqué par des cours décevants. La majeure partie des fèves a déjà été commercialisée à des prix sensiblement inférieurs, limitant l’impact de cette remontée sur le revenu global des producteurs.

Un retour brutal sur terre après deux campagnes record

Le contraste avec les deux saisons précédentes est saisissant. Lors de la campagne 2024-2025, le kilogramme de cacao s’était négocié jusqu’à 5 400 FCFA dans certaines zones de production. Un an auparavant, en 2023-2024, les cours bord-champ avaient même atteint 6 000 FCFA, un sommet inédit dans l’histoire récente de la filière camerounaise.

Au prix actuel, les producteurs encaissent environ 62 % de moins que le pic de l’an passé, et près des deux tiers en dessous du record de 2023-2024. Ces deux campagnes exceptionnelles s’expliquaient par une tension extrême sur l’offre mondiale, alimentée par les déboires des récoltes ivoiriennes et ghanéennes, frappées par la maladie du swollen shoot et des conditions climatiques défavorables.

Les autorités camerounaises avaient bâti leurs prévisions sur cette dynamique haussière. Au lancement de la campagne 2025-2026, elles anticipaient des prix compris entre 3 200 et 5 400 FCFA le kilogramme. La réalité du marché en a décidé autrement.

Le retournement du marché mondial change la donne

Le décrochage s’explique d’abord par la reconfiguration de l’équilibre offre-demande au niveau international. Après deux années de déficit structurel, les dernières estimations des analystes spécialisés tablent désormais sur un retour à l’excédent mondial pour la saison en cours. La reprise de la production en Afrique de l’Ouest, combinée à une réponse de l’offre en Amérique latine et en Asie, a desserré l’étau qui maintenait les cours de Londres et New York à des sommets historiques.

Dans le même temps, la demande industrielle s’essouffle. Les broyeurs européens et nord-américains ont réduit leurs achats, sous l’effet de prix de détail du chocolat devenus dissuasifs pour le consommateur final. Plusieurs grands chocolatiers ont d’ailleurs publié des résultats trimestriels dégradés, signe que la répercussion des coûts atteint ses limites. Cette double dynamique a mécaniquement pesé sur les cours mondiaux, et par ricochet sur les prix payés aux producteurs camerounais.

Une filière exposée aux cycles, malgré ses atouts

L’épisode rappelle la forte exposition du Cameroun, quatrième producteur mondial de cacao, aux fluctuations des marchés internationaux. La qualité reconnue des fèves camerounaises, notamment pour leur goût acidulé prisé des chocolatiers européens, et la concurrence vive entre exportateurs permettent ponctuellement de soutenir les prix bord-champ. Mais ces leviers internes ne suffisent pas à amortir un retournement brutal des cours mondiaux.

La question de la transformation locale, portée depuis plusieurs années par les pouvoirs publics camerounais, retrouve dans ce contexte une acuité particulière. Capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire constituerait un amortisseur contre la volatilité des cours du fève. Reste que la part du cacao broyé localement demeure modeste, et que la majeure partie de la production continue de quitter le pays sous forme brute, via le port de Douala.

À trois semaines de la clôture, le franchissement des 2 000 FCFA pourrait dynamiser les dernières ventes et inciter certains producteurs à écouler les stocks retenus dans l’attente d’un meilleur prix. Mais le bilan d’ensemble de la campagne 2025-2026 restera en deçà des ambitions affichées en début de saison. Selon Investir au Cameroun, l’écart entre les prévisions officielles et les prix effectivement servis aux planteurs illustre l’ampleur de la correction en cours sur le marché mondial du cacao.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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