La Société nationale de raffinage (Sonara) a attribué un ensemble de contrats d’assurance d’un montant cumulé d’environ 6,52 milliards de francs CFA pour la période 2026-2029. Selon des décisions publiées le 29 mai 2026, les marchés ont été remportés par un groupement réunissant les compagnies Sanlam, Royal Onyx, AREA et AFG. Pour la raffinerie camerounaise, cette opération dépasse la simple procédure administrative : elle clôt un cycle ouvert le 31 mai 2019, lorsque l’incendie du complexe industriel de Limbé avait mis à l’arrêt l’outil national de raffinage. Le nouveau dispositif vise à couvrir simultanément les actifs, les chantiers de reconstruction et les responsabilités d’un acteur encore convalescent.
Le programme se décline en quatre contrats distincts, tous d’une durée de trois ans. La part la plus substantielle, 5,1 milliards FCFA, porte sur l’assurance du patrimoine industriel de la Sonara. S’y ajoutent 706,8 millions FCFA pour la responsabilité civile de l’entreprise, 367,2 millions FCFA pour les risques liés au transport des hydrocarbures et 346,4 millions FCFA pour la couverture des chantiers en cours sur le site. L’architecture retenue traduit une volonté de cloisonner les expositions, en distinguant clairement les actifs fixes, la mobilité des produits pétroliers et les travaux de reconstruction.
Le contentieux assurantiel hérité de l’incendie de 2019
Le sinistre du 31 mai 2019 a redessiné la trajectoire de la Sonara. L’enquête administrative diligentée par les autorités camerounaises avait conclu à l’origine accidentelle du feu, écartant la piste du sabotage. Le bilan matériel restait néanmoins lourd : quatre des treize unités de production entièrement détruites, trois autres partiellement endommagées et près de dix millions de litres de pétrole brut partis en fumée. Au-delà des dégâts industriels, l’épisode a révélé la fragilité du dispositif assurantiel de la raffinerie, dont les conditions de couverture sont rapidement devenues un sujet politique et judiciaire.
En juillet 2022, Richard Lowé, directeur général d’Activa Cameroun et président du groupe Activa, avait été convoqué par les enquêteurs du Tribunal criminel spécial dans le cadre d’une procédure liée au sinistre. Les investigations exploraient alors des soupçons de détournement de deniers publics et de négligence systématique, sans que les motivations officielles ne soient publiquement détaillées. Plusieurs éléments transmis à l’époque indiquaient que le différend portait sur l’effectivité de la police d’assurance au moment de l’incendie, Activa soutenant que la prime n’avait pas été honorée par la raffinerie. La compagnie aurait produit des correspondances antérieures au sinistre alertant la Sonara sur les conséquences d’un défaut de paiement.
Dans la foulée du contentieux, la direction de la Sonara avait annulé son programme triennal d’assurances 2019-2021. Deux justifications avaient été avancées : la modification du profil de risque après l’incendie et le litige opposant la raffinerie à son ancien assureur sur le règlement du sinistre. Le nouveau marché attribué pour 2026-2029 tourne donc la page d’une séquence où la sécurisation juridique des couvertures était devenue aussi sensible que la sécurisation physique des installations.
Sécuriser la reconstruction et les flux d’hydrocarbures
Même privée d’une part importante de ses capacités de raffinage depuis 2019, la Sonara reste exposée à des risques industriels de premier ordre. Le stockage des hydrocarbures, les opérations portuaires, l’acheminement des produits raffinés importés et les travaux engagés sur le site de Limbé constituent autant de vecteurs d’incidents potentiels. Le pari du nouveau programme consiste à traiter ces expositions de manière intégrée, plutôt que par contrats séparés négociés au coup par coup. L’enjeu financier est direct : limiter l’impact qu’un nouveau sinistre ferait peser sur une entreprise dont la trésorerie reste contrainte.
Pour le marché camerounais de l’assurance, l’opération figure parmi les plus importants programmes de couverture industrielle attribués ces dernières années. Elle confirme aussi la montée en puissance de groupements régionaux, comme Sanlam, dans la prise en charge de risques publics complexes longtemps réservés à des acteurs historiques. Concrètement, la mutualisation entre quatre compagnies répartit l’exposition à un sinistre majeur sur une base de capitaux plus large, ce qui réduit la dépendance à un assureur unique, écueil identifié après 2019.
Au-delà du seul cas Sonara, la séquence illustre les exigences accrues qui pèsent sur la gestion des risques au sein des entreprises publiques opérant dans des secteurs stratégiques. La raffinerie demeure un maillon central de l’approvisionnement énergétique du Cameroun, et toute défaillance industrielle s’y traduit mécaniquement en pression budgétaire pour l’État. Selon Investir au Cameroun, ce nouveau programme apparaît moins comme un simple renouvellement contractuel que comme une tentative de verrouiller durablement l’avenir d’un actif national encore marqué par les séquelles de 2019.
Pour aller plus loin
Midad Energy engage 5,4 milliards de dollars dans l’énergie algérienne · Détroit d’Ormuz : la CEMAC retrouve une bouffée d’oxygène pétrolière · L’UDB somme la SEEG de justifier 1 000 milliards investis au Gabon

Be the first to comment on "La Sonara engage 6,5 milliards FCFA pour assurer ses risques jusqu’en 2029"