Caméra d’or à Cannes 2026 : la Rwandaise Dusabejambot sacrée

Police officers and a civilian interact near a police car on a busy city street.Photo : Darya Sannikova / Pexels

La 79e édition du Festival de Cannes a livré, samedi 23 mai 2026, l’un de ses verdicts les plus commentés. La réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambot a décroché la Caméra d’or, distinction qui récompense chaque année le meilleur premier film toutes sections confondues, pour son long-métrage Ben’Imana. À 40 ans à peine de l’inscription officielle du Rwanda sur la scène cinématographique mondiale, ce sacre revêt une portée symbolique considérable pour Kigali et plus largement pour les industries culturelles d’Afrique de l’Est.

Une première historique pour le cinéma rwandais

Marie-Clémentine Dusabejambot cumule deux premières lors de cette édition cannoise. Elle est la première réalisatrice rwandaise à intégrer la sélection officielle du festival et, dans la foulée, la première cinéaste de son pays à inscrire son nom au palmarès de la Caméra d’or. Créé en 1978, ce prix a notamment distingué par le passé Jim Jarmusch, Mira Nair ou encore le Sénégalais Mati Diop, consolidant son statut de tremplin pour les nouvelles écritures.

Le film Ben’Imana, dont le titre renvoie en kinyarwanda à une invocation spirituelle, explore les arcanes de la réconciliation nationale dans le Rwanda post-génocide. Trente-deux ans après les massacres de 1994, le pays demeure un laboratoire mondial des politiques de justice transitionnelle, entre juridictions gacaca, programmes de cohabitation imposée et travail mémoriel. La cinéaste y déploie un récit intime, centré sur les figures féminines qui ont porté la reconstruction sociale du pays des mille collines.

Une œuvre sur la réconciliation et la mémoire

Lors de la cérémonie de remise des prix, la lauréate a livré un discours sobre, dédié aux femmes rwandaises. Elle a salué « ces mères qui avaient la force de rester debout avec dignité, de pardonner, d’avancer, même imparfaitement, douloureusement ». Une déclaration qui résume l’ambition narrative du film : refuser les récits manichéens et restituer la complexité morale d’une société contrainte à vivre avec ses bourreaux.

Le jury, présidé cette année par une figure du cinéma d’auteur européen, a salué la maîtrise formelle d’une œuvre inaugurale ainsi que la justesse de son traitement d’un sujet historiquement sensible. La critique internationale relève la singularité d’un regard rwandais sur le génocide, alors que la production cinématographique consacrée à cette tragédie est jusqu’ici demeurée largement étrangère, dominée par des points de vue occidentaux comme celui d’Hôtel Rwanda en 2004.

Un signal pour les industries culturelles africaines

Au-delà de la consécration individuelle, cette Caméra d’or s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Le Rwanda investit depuis une décennie dans la structuration de son écosystème audiovisuel, avec la création du Rwanda Film Office et l’organisation annuelle du Mashariki African Film Festival à Kigali. Les autorités misent sur les industries créatives comme relais de croissance et vecteur de soft power, dans la lignée des stratégies déployées par le Nigeria avec Nollywood ou plus récemment par le Sénégal et le Maroc.

Pour les investisseurs et les institutions de financement du cinéma sur le continent, le signal envoyé depuis la Croisette est significatif. Les coproductions internationales associant fonds européens, capitaux africains et talents locaux gagnent en visibilité sur les grands marchés. La sélection cannoise, suivie de près par les acheteurs et les plateformes de diffusion, ouvre désormais à Ben’Imana un horizon commercial étendu, des salles d’art et essai européennes aux festivals nord-américains.

Reste à transformer l’essai. Les premières œuvres primées à Cannes peinent parfois à confirmer dans la durée, et la trajectoire de Marie-Clémentine Dusabejambot sera scrutée avec attention. Son film, dont la sortie commerciale est attendue dans les prochains mois, devrait connaître une distribution panafricaine progressive, portée par la notoriété du prix. Selon RFI Afrique.

Pour aller plus loin

Kolda tient ses états généraux de la culture, du tourisme et de l’artisanat · Tabaski : le mouton qui ruine les Sénégalais · Rafiki Fariala porte « Congo Boy » en sélection officielle à Cannes

Actualité africaine

About the Author

Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

Be the first to comment on "Caméra d’or à Cannes 2026 : la Rwandaise Dusabejambot sacrée"

Laisser un commentaire