La région de Kolda, dans le sud du Sénégal, a accueilli des états généraux consacrés à la culture, au tourisme et à l’artisanat, trois filières considérées comme des leviers de développement territorial encore insuffisamment valorisés. Les acteurs locaux y ont posé un diagnostic franc, pointant la faiblesse des infrastructures, le déficit de financement et l’absence d’une stratégie intégrée capable de transformer un patrimoine reconnu en activité économique pérenne. La rencontre s’inscrit dans une dynamique nationale de concertation engagée par les autorités sénégalaises autour de l’économie créative.
Un diagnostic régional sans concession
Les participants ont mis en lumière la dispersion des initiatives et le manque de coordination entre les administrations, les collectivités et les opérateurs privés. Plusieurs intervenants ont souligné que la Casamance naturelle, dont Kolda constitue l’une des portes d’entrée, dispose d’atouts culturels et paysagers réels, mais que ces ressources demeurent largement à l’écart des grands circuits touristiques nationaux. Le déficit d’hébergement aux normes, la faible promotion à l’international et l’enclavement relatif de la région figurent parmi les freins évoqués.
L’artisanat n’a pas été épargné par cette lecture critique. Les professionnels ont déploré l’absence de structuration des chaînes de valeur, la concurrence des produits importés et la difficulté d’accéder à des espaces de commercialisation pérennes. Pour beaucoup, la formation technique, la transmission des savoir-faire et la modernisation des outils de production restent des chantiers ouverts, malgré les programmes successifs déployés par l’État central.
La culture, levier d’identité et d’économie
Le volet culturel a occupé une place centrale dans les échanges. Kolda, carrefour des traditions peules, mandingues et balantes, dispose d’un capital immatériel important, du conte aux pratiques musicales en passant par les rites communautaires. Les acteurs ont plaidé pour une politique régionale de soutien aux festivals, aux écoles d’art et aux espaces de diffusion, jugeant l’offre actuelle trop dépendante d’événements ponctuels et de financements aléatoires.
La question de la rémunération des artistes et des droits d’auteur a également été soulevée. Plusieurs intervenants ont rappelé que la structuration du secteur passe par une professionnalisation des métiers, l’enregistrement administratif des opérateurs et un meilleur dialogue avec la Société sénégalaise des droits d’auteur et droits voisins (SODAV). Sans ces préalables, l’économie culturelle régionale demeure largement informelle, donc invisible dans les statistiques officielles.
Vers une feuille de route territoriale
Les états généraux de Kolda ambitionnent de déboucher sur des recommandations opérationnelles destinées aux autorités régionales et nationales. Parmi les pistes évoquées figurent la création d’un guichet unique pour les porteurs de projets culturels et touristiques, la mise en place de fonds dédiés à l’investissement dans les hébergements de petite capacité et la valorisation de circuits thématiques articulés autour du patrimoine immatériel. La perspective d’une meilleure articulation avec les programmes nationaux d’aménagement touristique a également été évoquée.
Reste la question des moyens. Dans une région qui figure parmi les plus pauvres du Sénégal selon les indicateurs de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), la mobilisation de financements publics et privés constitue un défi structurel. Les acteurs ont insisté sur la nécessité d’associer les bailleurs internationaux, les diasporas et les collectivités décentralisées à la mise en œuvre des conclusions des assises. La crédibilité du processus dépendra de la capacité des autorités à traduire les recommandations en actes budgétaires.
Dans le même temps, plusieurs participants ont insisté sur le rôle des jeunes et des femmes, qui constituent l’essentiel de la main-d’œuvre artisanale et culturelle de la région. Leur accès au crédit, à la formation et aux marchés est présenté comme une condition préalable à toute relance durable. Selon PressAfrik, les conclusions de ces états généraux devraient être transmises aux ministères de tutelle dans les prochaines semaines.
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