Les créances de Globeleq sur la Société camerounaise d’électricité (Socadel), née le 4 mai 2026 des cendres d’Eneo, se sont établies à 251,6 millions de dollars au 31 décembre 2025, soit environ 146,9 milliards de FCFA. Le chiffre figure dans le rapport annuel 2025 de Globeleq Africa Holdings, déposé le 20 octobre 2026 au registre britannique des entreprises. Un an plus tôt, l’encours s’élevait à 182,5 millions de dollars : la facture s’est alourdie de 40,4 milliards de FCFA en douze mois, une progression de 37,9 % qui en dit long sur la trajectoire financière du secteur électrique camerounais.
Un impayé qui enfle au rythme de la crise du secteur électrique camerounais
La ventilation par actif éclaire la mécanique. La centrale à gaz de Kribi, exploitée par Kribi Power Development Company sous un contrat d’achat d’électricité (Power Purchase Agreement) de long terme, concentre 201,4 millions de dollars de créances, contre 145,8 millions douze mois plus tôt. La centrale thermique de Dibamba, opérée par Dibamba Power Development Company sous un contrat de mise à disposition de capacité (tolling agreement), affiche 50,2 millions de dollars d’impayés, après 36,7 millions fin 2024. Les deux filiales du groupe britannique voient ainsi leur exposition progresser à un rythme comparable, autour d’un tiers sur l’exercice.
L’ancienneté des arriérés constitue le second signal d’alerte. Sur l’encours total de fin 2025, 181,2 millions de dollars, soit 105,8 milliards de FCFA, dépassent déjà 90 jours. Un an plus tôt, cette catégorie pesait 140,9 millions de dollars. Près de trois quarts du passif se sont donc installés dans la durée, bien au-delà des délais contractuels. Dans la pratique, Globeleq rapporte avoir dû mettre à l’arrêt certaines unités à Kribi et à Dibamba, une décision qui se répercute directement sur la disponibilité du parc national.
Un filet de sécurité contractuel resté inactif
Les contrats signés par Kribi Power Development Company et Dibamba Power Development Company prévoyaient précisément ce type de scénario. Une facilité de liquidité, financée par l’État camerounais, devait prendre le relais en cas de défaillance de l’acheteur. Au 31 décembre 2025, ce mécanisme n’avait reçu aucun versement. L’État, garant ultime, n’a donc pas activé l’outil censé empêcher qu’un retard de paiement de l’opérateur public se transforme en arrêt de production.
La situation s’inscrit dans une crise de trésorerie plus large. Lors de la réunion d’évaluation du secteur organisée à Douala le 8 octobre 2026 par le ministère de l’Eau et de l’Énergie, les autorités ont reconnu que les factures dues à Globeleq, mais aussi à la Nachtigal Hydro Power Company (NHPC) et à la Société nationale de transport d’électricité (Sonatrel), n’avaient pas été intégralement honorées. Aucun montant actualisé n’a été rendu public, ce qui laisse en suspens la véritable ampleur de la dette consolidée du secteur à la fin 2026.
Une restructuration à l’épreuve d’un précédent régional
Le dossier camerounais n’a rien d’isolé sur le continent. Le groupe Globeleq, actionnaire majoritaire à 56 % des deux centrales, s’était déjà retrouvé en première ligne lors des épisodes récurrents de tensions tarifaires rencontrés par les producteurs indépendants en Afrique australe, notamment en Zambie et au Mozambique. Dans ces configurations, la non-activation des facilités de liquidité souveraines a historiquement conduit soit à une renégociation des contrats, soit à une recapitalisation du distributeur public. Le passage d’Eneo à Socadel, en mai 2026, s’apparente à la seconde voie, sans que l’injection de ressources fraîches ait à ce jour permis d’apurer le stock.
L’enjeu dépasse la seule relation avec un producteur étranger. Avec un parc concédé à des indépendants qui fournit une part structurelle de l’électricité consommée, le Cameroun ne peut faire durer un bras de fer financier avec Globeleq sans compromettre la stabilité du réseau. L’arrêt d’unités à Kribi et à Dibamba réduit mécaniquement la marge de manœuvre du gestionnaire face aux pics de demande et accroît le risque de délestages. Pour les investisseurs étrangers scrutant le secteur énergétique d’Afrique centrale, le traitement réservé à ces créances servira de test grandeur nature de la solidité des garanties souveraines.
Reste à savoir si la nouvelle Socadel disposera des moyens d’un apurement progressif, et selon quel calendrier l’État camerounais entend activer la facilité de liquidité prévue de longue date dans les contrats de Kribi et Dibamba.
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