L’Iran vise le Koweït et Bahreïn après des frappes américaines

A US Navy helicopter is stationed on the deck of an aircraft carrier with radar equipment in the background.Photo : I Bautista / Pexels

L’Iran a placé le Koweït et Bahreïn dans la liste de ses cibles potentielles après les frappes américaines visant ses installations sensibles, accentuant brutalement la fébrilité dans le Golfe arabo-persique. Cette désignation, formulée par les autorités iraniennes en représailles à l’action militaire de Washington, signale un changement de seuil dans la confrontation entre Téhéran et les États-Unis. Les deux monarchies visées abritent des emprises militaires américaines de premier plan, ce qui fait planer un risque concret de débordement régional.

Une riposte iranienne qui élargit le théâtre du Golfe

En ciblant nommément Koweït City et Manama, la République islamique adresse un avertissement direct aux capitales arabes qui hébergent des moyens militaires américains sur leur sol. Le Koweït accueille notamment le camp Arifjan et la base aérienne d’Ali Al Salem, plateformes logistiques essentielles du commandement central américain. Bahreïn, de son côté, est le port d’attache de la Ve Flotte de l’US Navy, dispositif clé pour la sécurisation du détroit d’Ormuz. En élargissant la liste de ses cibles, Téhéran cherche à imposer un coût politique aux pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) tentés de faciliter les opérations américaines.

La doctrine iranienne de la riposte asymétrique se confirme. Plutôt que d’affronter frontalement la supériorité aéronavale américaine, le régime joue sur la menace de saturation par missiles balistiques et drones, et sur la mobilisation de ses relais régionaux. Cette grammaire stratégique s’appuie sur un arsenal éprouvé en Syrie, en Irak et au Yémen depuis une décennie. La désignation du Koweït et de Bahreïn marque toutefois une escalade dans la rhétorique, ces deux États ayant jusqu’ici cherché à préserver des canaux diplomatiques avec Téhéran.

Bahreïn et Koweït : deux pivots de l’architecture militaire américaine

Le choix de ces deux pays n’est pas anodin. Bahreïn, signataire des accords d’Abraham en 2020, est aligné sur l’axe sécuritaire américano-israélien et accueille une présence militaire permanente de Washington depuis plusieurs décennies. Le royaume, dirigé par la dynastie Al Khalifa, gère par ailleurs une équation intérieure délicate, sa population majoritairement chiite étant historiquement scrutée par Téhéran. Toute frappe sur le sol bahreïnien comporterait un risque domestique majeur pour la stabilité du régime.

Le Koweït, lui, joue traditionnellement une partition plus équilibrée. L’émirat a maintenu un dialogue régulier avec l’Iran tout en consolidant son alliance militaire avec les États-Unis depuis la guerre du Golfe de 1991. Sa désignation comme cible potentielle traduit la lecture iranienne du soutien logistique fourni aux opérations américaines en cours. Le ministère koweïtien des Affaires étrangères a, par le passé, multiplié les démarches pour désamorcer les crises, mais la marge de manœuvre diplomatique se rétrécit à mesure que le seuil opérationnel monte.

Onde de choc sur les marchés et les routes énergétiques

L’extension du périmètre de la confrontation pèse immédiatement sur les marchés pétroliers et sur la prime de risque dans le détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du brut mondial. Les compagnies maritimes réévaluent leurs primes d’assurance et leurs itinéraires, tandis que les pays exportateurs du CCG redoutent une perturbation prolongée de leurs flux. Pour l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, l’enjeu est de contenir l’escalade sans rompre avec Washington, leur partenaire sécuritaire de référence.

Cette séquence intervient alors que plusieurs capitales du Golfe avaient amorcé un réchauffement avec Téhéran depuis l’accord de normalisation sino-médiatisé entre Riyad et la République islamique en mars 2023. La menace iranienne sur le Koweït et Bahreïn fragilise ce processus de détente régionale et replace les questions de défense antimissile et de coopération militaire au cœur des agendas. Les chancelleries européennes, France en tête, appellent à la retenue, tout en redoutant les conséquences sur le prix du baril et sur les approvisionnements vers la Méditerranée.

Reste à mesurer la portée réelle de l’avertissement iranien. S’agit-il d’une posture dissuasive destinée à freiner l’engagement américain, ou du prélude à des frappes effectives sur des sites situés en territoire koweïtien ou bahreïnien ? La réponse conditionnera l’évolution sécuritaire du Golfe pour les prochaines semaines. Selon Seneweb, l’Iran a explicitement désigné ces deux pays comme cibles potentielles en représailles des frappes américaines.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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