Cisjordanie : des images satellites confirment l’expansion coloniale

Stunning aerial view capturing residential and rugged natural landscape in Tekoa.Photo : shay safrai / Pexels

L’expansion coloniale israélienne en Cisjordanie occupée franchit une nouvelle étape documentée. Dans le secteur du Gush Etzion, au sud de Bethléem, des images satellites récentes révèlent l’émergence d’une nouvelle implantation autorisée par le gouvernement israélien en 2024, érigée sur un site inscrit au patrimoine mondial de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco). Ce chantier illustre la stratégie d’enracinement territorial poursuivie par l’État hébreu, alors même que la communauté internationale rappelle l’illégalité de ces installations au regard du droit international humanitaire.

Le Gush Etzion, laboratoire historique de la colonisation

Situé entre Jérusalem et Hébron, le Gush Etzion constitue depuis les années 1970 l’un des bastions emblématiques du mouvement de peuplement juif en territoire palestinien. Cette zone concentre aujourd’hui plusieurs dizaines de colonies et avant-postes, formant un continuum bâti qui fragmente l’espace cisjordanien. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou y a multiplié les autorisations administratives depuis son retour au pouvoir, accélérant un mouvement déjà soutenu par ses prédécesseurs.

La nouvelle implantation observée depuis l’espace s’inscrit dans cette trajectoire. Le terrain choisi présente une particularité aggravante sur le plan diplomatique : il chevauche un périmètre reconnu par l’Unesco pour sa valeur culturelle et paysagère, ce qui ajoute une dimension patrimoniale au contentieux territorial. L’imagerie satellitaire, désormais accessible à des résolutions très fines, permet d’établir avec précision le rythme des travaux, la voirie tracée et les premières structures résidentielles.

Ce que disent les images satellites

L’analyse comparée de clichés pris à plusieurs mois d’intervalle met en évidence une dynamique de construction soutenue. Des plateformes ont été aplanies, des routes d’accès percées et des fondations coulées sur un site qui, jusqu’en 2024, ne présentait aucune trace d’aménagement permanent. Cette méthode d’observation, devenue un outil de référence pour les organisations non gouvernementales et la presse d’investigation, contourne les restrictions d’accès imposées aux journalistes étrangers et aux observateurs onusiens.

Les chercheurs spécialisés dans la cartographie de la colonisation soulignent que les autorisations délivrées en 2024 portent sur plusieurs sites dispersés, plutôt qu’un bloc unique. Cette logique d’essaimage complique tout futur scénario de retrait et consolide la présence israélienne sur les crêtes stratégiques. Le ministère israélien de la Défense, qui chapeaute l’administration civile en Cisjordanie, valide les schémas directeurs après instruction par les conseils régionaux des colons.

Un cadre juridique international constamment rappelé

Les implantations établies au-delà de la Ligne verte sont considérées comme contraires à la quatrième Convention de Genève, qui prohibe le transfert par une puissance occupante d’une partie de sa population civile sur le territoire qu’elle occupe. La Cour internationale de Justice, dans son avis consultatif rendu en juillet 2024, a confirmé l’illicéité de la présence israélienne prolongée dans les territoires palestiniens et appelé à son démantèlement. Le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, par sa résolution 2334 adoptée fin 2016, avait déjà qualifié la colonisation de violation flagrante du droit international.

Pour les capitales européennes, la question est devenue un point de friction récurrent avec Tel-Aviv. Plusieurs États membres de l’Union européenne ont durci leurs régimes d’étiquetage des produits issus des colonies et envisagent des sanctions ciblées contre certains responsables ou entités impliqués dans la violence des colons. À Washington, l’approche oscille selon les administrations, mais la séquence récente a vu un assouplissement des restrictions imposées aux dirigeants des implantations.

Une dynamique qui pèse sur la solution à deux États

Sur le terrain, la population des colons de Cisjordanie a franchi la barre des 500 000 résidents, sans compter Jérusalem-Est. Cette croissance démographique, conjuguée à la densification des infrastructures routières et énergétiques, érode mécaniquement la viabilité territoriale d’un futur État palestinien. Les autorités palestiniennes dénoncent une politique du fait accompli qui vide de sa substance le cadre négocié des accords d’Oslo.

Au Moyen-Orient, l’accélération coloniale alimente également les critiques des partenaires arabes engagés dans les Accords d’Abraham, soucieux de préserver la crédibilité de leur normalisation avec Israël auprès de leurs opinions publiques. Le dossier de la Cisjordanie occupée demeure ainsi un marqueur central de la diplomatie régionale, à l’heure où les chancelleries européennes et du Golfe tentent de relancer un horizon politique. Selon RFI Moyen-Orient.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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