Le Cameroun cumulait, à la fin du premier trimestre 2026, près de 9 milliards de dollars de soldes engagés non décaissés (SENDs) auprès de ses partenaires techniques et financiers. Ce volume, particulièrement élevé au regard de la taille de l’économie camerounaise, traduit l’écart persistant entre les engagements signés avec les bailleurs et les sommes effectivement injectées dans les projets de développement. La situation place Yaoundé devant un paradoxe budgétaire bien connu des capitales d’Afrique centrale : disposer de ressources mobilisables sans parvenir à les transformer en dépenses productives.
Un stock de financements qui interroge la capacité d’absorption
Les soldes engagés non décaissés désignent la portion des prêts et dons déjà conclus avec les partenaires extérieurs, mais que l’État n’a pas encore tirée pour financer ses chantiers. Concrètement, l’argent existe sur le papier, il est sécurisé contractuellement, mais il ne circule pas dans l’économie réelle. Près de 9 milliards de dollars représentent une enveloppe comparable à plusieurs années d’investissement public dans certains secteurs prioritaires. Pour un pays dont le produit intérieur brut avoisine les 50 milliards de dollars, le ratio donne la mesure du décalage.
Ce phénomène n’est pas neuf. Il s’amplifie toutefois à mesure que les financements se diversifient, mêlant créances multilatérales auprès de la Banque mondiale ou de la Banque africaine de développement, prêts bilatéraux et instruments concessionnels. Chaque guichet impose ses propres procédures de passation, d’audit et de justification. La lourdeur administrative qui en découle est régulièrement pointée comme l’un des principaux freins à la consommation des crédits.
Des goulots d’étranglement structurels dans l’exécution
Plusieurs facteurs expliquent l’accumulation observée à fin mars 2026. La maturation lente des projets d’infrastructures, les retards dans la mobilisation des contreparties nationales, les difficultés d’expropriation foncière et les délais de passation des marchés publics figurent parmi les causes les plus citées. À cela s’ajoutent les changements fréquents de coordonnateurs d’unités de gestion de projet et la complexité des procédures fiduciaires exigées par certains bailleurs.
Le coût budgétaire de cette inertie est double. D’un côté, l’État continue de s’acquitter des commissions d’engagement sur les sommes non tirées, ce qui alourdit le service de la dette sans contrepartie productive. De l’autre, les chantiers prennent du retard, renchérissent et reportent les retombées attendues sur la croissance et l’emploi. Pour un pays engagé dans une trajectoire de consolidation budgétaire avec le Fonds monétaire international, l’équation devient sensible.
Un enjeu de souveraineté financière pour Yaoundé
La problématique des SENDs dépasse la simple gestion technique. Elle touche à la crédibilité du Cameroun comme destinataire de financements concessionnels. Les bailleurs surveillent attentivement les taux de décaissement, qui conditionnent souvent la reconduction ou l’augmentation de leurs enveloppes. Un portefeuille qui tarde à se déployer peut justifier, à terme, une réorientation des appuis vers d’autres pays de la sous-région jugés plus performants en matière d’exécution.
Le ministère des Finances et celui de l’Économie, du Plan et de l’Aménagement du territoire ont engagé plusieurs réformes ces dernières années pour fluidifier l’utilisation des financements extérieurs. Des comités de suivi des décaissements ont été institués, et la digitalisation partielle de la chaîne de la dépense publique vise à raccourcir les délais. Les effets restent toutefois modestes au regard du stock accumulé.
La marche à franchir pour absorber ces 9 milliards de dollars suppose une coordination renforcée entre les ministères sectoriels, une professionnalisation accrue des cellules de projet et une discipline plus stricte dans la programmation des contreparties nationales. À défaut, le risque est de voir s’enkyster une situation où l’aide promise demeure une promesse, pendant que les besoins en routes, en énergie ou en santé continuent de s’accumuler. Selon Financial Afrik.
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