Coupe du monde 2026 : l’Afrique alignera dix sélections pour la première fois

A group of young men practicing soccer on a dirt field under the sun.Photo : Territory / Pexels

La Coupe du monde 2026, coorganisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, consacrera une avancée historique pour le football africain. Dix équipes du continent fouleront les pelouses nord-américaines, contre cinq lors des éditions précédentes. Le Cap-Vert, qualifié pour la première fois de son histoire, illustre la profondeur nouvelle d’un vivier longtemps cantonné aux mêmes nations. Cette quotation élargie résulte directement du passage à 48 sélections décidé par la Fédération internationale de football association (FIFA) sous l’impulsion de son président Gianni Infantino.

Une lente conquête diplomatique des quotas africains

Le chemin parcouru depuis 1934 raconte une bataille feutrée menée dans les couloirs de la FIFA autant que sur les terrains. L’Égypte avait alors ouvert la voie en devenant la première nation africaine à disputer un Mondial, dans une indifférence quasi totale. Il aura fallu attendre 1970, et la qualification du Maroc, pour que le continent retrouve une place dans la compétition reine. Pendant des décennies, l’Afrique a dû se contenter d’un ticket unique, partagé avec l’Asie, malgré le nombre croissant de fédérations affiliées.

La Confédération africaine de football (CAF), portée par des figures comme Issa Hayatou puis Patrice Motsepe, a méthodiquement plaidé pour un rééquilibrage. Le passage à deux représentants en 1982, puis à trois en 1994, à cinq en 1998, traduit un rapport de force qui s’est peu à peu inversé. Chaque palier a coïncidé avec un renforcement du poids politique africain au sein des instances dirigeantes du football mondial, où le bloc continental compte 54 voix sur 211.

Le format à 48 équipes, levier d’une nouvelle géographie sportive

La réforme adoptée en 2017 par la FIFA a changé la donne. En portant le nombre de participants de 32 à 48, l’instance dirigeante a redistribué les quotas continentaux selon une logique plus favorable aux fédérations émergentes. L’Afrique récupère neuf places directes, auxquelles s’ajoute une participation au tournoi de barrage intercontinental. Concrètement, près d’un cinquième des sélections engagées en 2026 viendront du continent, une proportion inédite.

Cette inflation des billets n’a pas que des conséquences sportives. Elle ouvre des perspectives économiques considérables pour les fédérations qualifiées, en termes de droits télévisuels, de primes FIFA et de visibilité commerciale. Une qualification au Mondial reste l’un des rares événements capables de générer plusieurs dizaines de millions de dollars de retombées directes pour une fédération nationale. Pour des pays comme le Cap-Vert, dont la fédération dispose de moyens modestes, l’enjeu financier dépasse de loin la portée symbolique.

Cap-Vert, révélation d’une diversification du vivier continental

L’arrivée du Cap-Vert parmi les qualifiés témoigne d’une transformation structurelle du football africain. L’archipel lusophone, riche d’à peine plus de 500 000 habitants, s’appuie sur une diaspora active au Portugal, aux Pays-Bas et en France pour bâtir une sélection compétitive. Le modèle s’inspire de celui développé par d’autres nations à faible démographie, qui ont su capter les binationaux pour densifier leur effectif. La CAF y voit la confirmation que l’élargissement profite réellement à la diversité du continent et non aux seules puissances établies.

Reste que le défi sportif demeure entier. Aucune sélection africaine n’a jamais atteint le carré final d’une Coupe du monde, le Maroc ayant signé le meilleur parcours en demi-finale en 2022, au Qatar. Avec dix représentants en 2026, les probabilités statistiques de voir une nation africaine bousculer la hiérarchie augmentent mécaniquement. Plusieurs sélectionneurs estiment qu’un titre continental d’ici 2030 n’a plus rien d’inaccessible, à condition que les fédérations investissent durablement dans la formation et les infrastructures.

L’édition 2026 servira ainsi de test grandeur nature pour mesurer la maturité du football africain. Au-delà des résultats, elle dira si la diplomatie sportive menée par la CAF depuis trois décennies a véritablement permis au continent de peser à la hauteur de sa contribution démographique au jeu mondial. Selon RFI Afrique, cette dixième place obtenue scelle une étape majeure dans la longue marche du football africain vers la reconnaissance institutionnelle.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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