L’Afrique du Sud déploie le Lenacapavir, injection préventive anti-VIH

Doctor administering an injection to a patient's arm, close-up view.Photo : Polina Tankilevitch / Pexels

L’Afrique du Sud a officiellement lancé, vendredi 5 juin, la distribution du Lenacapavir, un traitement préventif injectable contre le VIH présenté comme une rupture thérapeutique majeure. Administré sous forme d’une seule injection semestrielle, le produit affiche une efficacité proche de 100 % dans les essais cliniques, ouvrant une nouvelle séquence dans la lutte contre l’épidémie qui frappe le pays le plus touché au monde en valeur absolue.

Pretoria a choisi de marquer la Journée de l’enfant africain et l’approche de la Conférence mondiale sur le sida pour donner le coup d’envoi de ce déploiement. Près de 40 000 doses ont été ventilées dans 360 cliniques publiques réparties sur le territoire, une logistique pilotée par le ministère de la Santé en coordination avec les bailleurs internationaux. Le président Cyril Ramaphosa a salué un « signe d’espoir » pour une nation où plus d’un habitant sur dix vit avec le virus.

Un tournant pharmacologique pour la prévention du VIH

Le Lenacapavir, développé par le laboratoire américain Gilead Sciences, appartient à une nouvelle classe d’antirétroviraux ciblant la capside du virus. Sa singularité tient à la fréquence d’administration : deux injections par an suffisent à maintenir une protection prophylactique quasi totale, contre une prise quotidienne pour les traitements préexposition (PrEP) oraux actuellement diffusés. Les essais Purpose 1 et Purpose 2, menés notamment en Afrique du Sud et en Ouganda, ont validé cette performance auprès de populations jeunes et féminines particulièrement exposées.

L’enjeu dépasse la simple innovation moléculaire. La prévention orale, déployée depuis une décennie, s’est heurtée à des taux d’observance dégradés, en particulier chez les adolescentes et jeunes femmes d’Afrique australe, cible prioritaire des stratégies onusiennes. Un schéma semestriel modifie radicalement l’équation : il neutralise la stigmatisation liée à la prise quotidienne et lève une partie des obstacles sociaux qui plombaient l’efficacité réelle des programmes.

Pretoria en première ligne d’une épidémie persistante

L’Afrique du Sud compte environ 7,8 millions de personnes séropositives selon les données onusiennes, soit la plus importante population vivant avec le VIH au monde. Le pays a structuré, depuis le tournant des années 2010, l’un des programmes de traitement antirétroviral les plus étendus de la planète, financé conjointement par le budget national et les guichets internationaux, notamment le PEPFAR américain et le Fonds mondial.

Le contexte budgétaire fragilise toutefois cette architecture. Les coupes opérées par l’administration américaine sur l’aide extérieure, depuis le début de l’année, ont déjà entraîné la suspension partielle de programmes communautaires de dépistage. Le ministre de la Santé Aaron Motsoaledi a reconnu ces dernières semaines que le maintien des chaînes d’approvisionnement supposait un effort accru du Trésor sud-africain et une renégociation des partenariats. Le déploiement du Lenacapavir s’inscrit donc dans une équation financière tendue.

Le verrou du prix et l’accès continental

La question du coût reste centrale. Gilead a annoncé, en octobre 2024, des accords de licence avec six fabricants de génériques pour permettre la production de versions abordables dans 120 pays à revenu faible ou intermédiaire, dont la quasi-totalité du continent africain. Plusieurs études économiques estiment qu’un prix cible inférieur à 100 dollars par patient et par an serait nécessaire pour absorber la demande potentielle. Le tarif négocié par Pretoria pour ses premières doses n’a pas été rendu public.

D’autres capitales africaines suivent de près l’expérience sud-africaine. Le Botswana, le Kenya, l’Ouganda, le Zimbabwe et l’Eswatini, tous fortement touchés, ont engagé des démarches d’homologation auprès de leurs autorités sanitaires. L’Organisation mondiale de la santé a publié en juillet dernier des lignes directrices recommandant l’intégration du Lenacapavir dans les arsenaux nationaux de prévention combinée. La trajectoire dépendra de la capacité des génériqueurs indiens et égyptiens à monter en cadence dès 2026.

Pour Pretoria, l’enjeu industriel et diplomatique se double d’un pari de santé publique. Atteindre les objectifs onusiens 95-95-95 d’ici 2030, soit 95 % des séropositifs diagnostiqués, traités et avec charge virale supprimée, supposera de convertir l’effet d’annonce en couverture effective. Le succès du déploiement initial dans les 360 cliniques retenues servira de référence pour le reste du continent. Selon RFI Afrique, l’opération a mobilisé l’ensemble des acteurs du système de santé sud-africain autour de ce qui est présenté comme la plus importante avancée préventive depuis l’arrivée de la PrEP orale.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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