Eau potable à Libreville : enquête sur les 400 milliards de l’ère Bongo

A joyful child with albinism washes hands with water from a faucet outdoors in Nigeria.Photo : Jonathan Shembere / Pexels

La question de l’eau potable à Libreville revient au cœur du débat public gabonais. Une émission diffusée récemment sur la chaîne publique Gabon 1ère a évoqué une enveloppe de 400 milliards de FCFA qui aurait été consacrée, durant les mandats d’Ali Bongo Ondimba, au règlement du déficit hydrique de la capitale. Le chiffre, spectaculaire, interroge d’autant plus que les coupures et les rationnements ont continué de rythmer le quotidien des habitants du Grand Libreville. Face à cette dissonance entre l’ampleur annoncée des investissements et la réalité vécue par les usagers, le site Gabon Review a entrepris un travail de reconstitution comptable.

Un chiffre à rebours des ressentis dans la capitale gabonaise

Libreville et sa périphérie concentrent l’essentiel de la demande en eau du pays. Depuis plus d’une décennie, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) alterne délégations, reprises en main publiques et plans d’urgence pour faire face à une production insuffisante. Les quartiers d’Akanda, Owendo et Ntoum figurent parmi les zones où le service reste le plus dégradé, malgré les annonces successives de mise en service de nouveaux forages, châteaux d’eau et adductions.

Dans ce contexte, l’évocation d’un cumul de 400 milliards de FCFA sur la durée du régime déchu prend une résonance politique particulière. Le montant, s’il était confirmé, placerait le secteur de l’eau parmi les postes d’investissement les plus lourds du budget gabonais sur la période. Il questionne à la fois la traçabilité des décaissements, l’efficacité des maîtrises d’ouvrage et la qualité des ouvrages livrés. Autant de sujets sensibles alors que les autorités de transition, arrivées au pouvoir en août 2023, ont fait de l’audit des grands projets un axe de communication récurrent.

La méthode d’un recalcul projet par projet

Pour approcher la réalité de l’effort financier consenti, Gabon Review indique avoir agrégé les montants publiquement annoncés à l’occasion des principaux chantiers hydrauliques lancés depuis 2009. L’exercice s’appuie sur les communiqués officiels, les conventions de financement rendues publiques et les déclarations de responsables sectoriels. Il permet de confronter le chiffre global évoqué à l’antenne à la somme des lignes budgétaires effectivement identifiables.

Cette démarche journalistique met en lumière une difficulté récurrente dans la gouvernance des grands projets d’infrastructure en Afrique centrale : l’écart entre les enveloppes annoncées et les montants effectivement décaissés. Entre coûts affichés, avenants successifs, cofinancements bilatéraux et prêts concessionnels signés avec des bailleurs comme la Banque africaine de développement, l’Agence française de développement ou des partenaires chinois, la lisibilité globale demeure limitée. Reconstituer une addition consolidée relève dès lors d’un travail d’investigation minutieux.

Un dossier scruté par les autorités de transition

Depuis le renversement d’Ali Bongo, plusieurs commissions ont été chargées d’examiner l’exécution des marchés publics conclus sous l’ancien régime. Le secteur de l’eau et de l’énergie figure en bonne place parmi les priorités affichées par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). Les autorités ont notamment évoqué à plusieurs reprises la nécessité de récupérer des fonds détournés et de relancer des chantiers laissés à l’abandon.

Le débat sur les 400 milliards de FCFA s’inscrit dans cette dynamique de reddition de comptes. Il pose une question de fond : comment un pays disposant d’un fort potentiel hydrographique, drainé par l’Ogooué et bordé par une pluviométrie abondante, peut-il ne pas garantir un accès régulier à l’eau potable dans sa capitale ? La réponse tient autant à la vétusté des réseaux de distribution qu’aux choix d’investissement opérés sur la dernière décennie.

Pour les acteurs économiques implantés à Libreville, la fiabilité de l’approvisionnement en eau constitue un paramètre déterminant. Hôtellerie, industrie agroalimentaire, hôpitaux et zones franches subissent de plein fouet les interruptions de service, avec un impact direct sur leur compétitivité. La clarification de l’usage réel des sommes engagées sous l’ère Bongo apparaît, à ce titre, comme un préalable à toute stratégie de relance crédible du secteur hydraulique gabonais. Selon Gabon Review, la reconstitution des dépenses effectivement réalisées reste en cours.

Pour aller plus loin

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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