Ebola en RDC : le retrait de l’USAID ouvre un boulevard à Pékin

Creative arrangement of pills spelling 'EBOLA', showcasing a conceptual healthcare theme.Photo : Miguel Á. Padriñán / Pexels

La nouvelle épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo n’est pas un simple aléa épidémiologique. Pour l’historien Mauro Campus, qui signe une tribune dans un grand quotidien français, elle constitue la traduction concrète d’un retrait américain assumé. En 2024, l’Agence américaine pour le développement international (USAID) avait engagé 1,2 milliard de dollars en faveur de Kinshasa. Fin 2025, cette enveloppe ne dépassait plus 67 millions de dollars, soit une contraction d’environ 94 % en moins de dix-huit mois.

Cette chute brutale n’est pas le fruit d’une révision technique. Elle résulte d’une décision politique assumée par l’administration américaine, qui a choisi de réduire drastiquement le périmètre de l’agence et son empreinte africaine. Les programmes de surveillance épidémiologique, de formation des personnels soignants et de logistique vaccinale, longtemps cofinancés par Washington, se retrouvent désormais privés de leur principal bailleur. Or la RDC concentre, depuis la découverte du virus en 1976 près de la rivière Ebola, la quasi-totalité des foyers historiques de la maladie.

Une architecture sanitaire fragilisée par le désengagement de Washington

L’USAID n’était pas un acteur périphérique du dispositif congolais. L’agence finançait des chaînes du froid indispensables au stockage des vaccins, soutenait les équipes mobiles déployées dans les zones forestières de la Tshopo et de l’Équateur, et appuyait l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa. Le retrait de ces flux laisse des trous béants dans la cartographie de la riposte. Concrètement, des centres de traitement faute de financement ont vu leurs équipes réduites, et les délais d’acheminement des doses de rVSV-ZEBOV, vaccin de référence, s’allongent.

Le décalage est saisissant. Lors de l’épidémie de 2018-2020 dans le Nord-Kivu, qui avait fait plus de 2 200 morts, l’engagement financier américain avait été déterminant pour endiguer la propagation. Cette fois, les autorités congolaises doivent composer avec une équation budgétaire bien moins favorable, alors que les besoins humanitaires du pays restent considérables et que d’autres crises sanitaires, comme le mpox, mobilisent les ressources disponibles.

Le boulevard offert à la diplomatie sanitaire chinoise

L’analyse de Mauro Campus pointe un effet de substitution rapide. Là où Washington recule, Pékin avance avec méthode. La Chine a multiplié les livraisons d’équipements médicaux, renforcé son hôpital de l’amitié sino-congolaise à Kinshasa et déployé de nouvelles missions médicales dans plusieurs provinces. Ce maillage sanitaire vient compléter une présence économique déjà massive, notamment dans le cobalt et le cuivre du Katanga, où les entreprises chinoises dominent la chaîne d’extraction et de raffinage.

La dimension géopolitique de ce basculement dépasse le seul cadre congolais. Elle illustre une recomposition plus large des soft powers en Afrique centrale, où l’aide publique au développement sert d’instrument d’influence durable. En se retirant d’un secteur aussi sensible que la santé publique, les États-Unis cèdent un levier que Pékin convertit en capital diplomatique. Les visites ministérielles chinoises à Kinshasa se sont multipliées au second semestre 2025, dans un contexte de renégociation des contrats miniers signés sous Joseph Kabila.

Une facture qui dépasse le bilan sanitaire

Le coût humain de cette épidémie reste à mesurer. Mais le coût stratégique se dessine déjà. La RDC, premier producteur mondial de cobalt et acteur clé de la transition énergétique, voit son partenariat sanitaire historique avec Washington s’éroder à un moment où la compétition pour l’accès aux minerais critiques s’intensifie. Bruxelles, qui tente de positionner son initiative Global Gateway sur le créneau laissé vacant, peine à mobiliser des montants comparables à ceux que l’USAID engageait jusqu’en 2024.

Reste la question du modèle. L’aide américaine, longtemps présentée comme un investissement dans la stabilité régionale, est désormais perçue à Washington comme une dépense discrétionnaire. Pour les capitales africaines, le signal est clair : la dépendance à un bailleur unique constitue un risque systémique. Plusieurs États de la sous-région réfléchissent à mutualiser certains dispositifs de surveillance épidémiologique sous l’égide du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC), basé à Addis-Abeba. Selon Le Monde Afrique.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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