La Chine consolide son empreinte sur les chantiers stratégiques du Bénin

Drone view of Ganvié, a traditional stilt village on Lake Nokoué, Cotonou, Benin.Photo : Iwaria / Pexels

La présence chinoise au Bénin se lit désormais à ciel ouvert. Sur les quais du port autonome de Cotonou comme le long des corridors routiers qui irriguent le nord du pays, les entreprises venues de Pékin tiennent une place de premier plan dans les grands chantiers d’infrastructures. Cette empreinte, construite sur près de deux décennies de coopération, s’apprête à franchir une nouvelle étape avec l’installation du président Romuald Wadagni, dont l’agenda économique table sur un partenariat continu avec la deuxième puissance mondiale.

Cotonou, vitrine de la coopération sino-béninoise

Poumon économique du pays et débouché maritime du Sahel, le port de Cotonou concentre une part significative des investissements adossés à des financements ou à des opérateurs chinois. Les travaux d’extension, de modernisation des terminaux et de fluidification des accès s’inscrivent dans la stratégie de captation du trafic à destination du Niger, du Burkina Faso et du Mali. Pour les autorités béninoises, la compétitivité portuaire reste une variable critique face à la concurrence d’Abidjan, de Lomé et de Tema.

Au-delà du port, plusieurs équipements emblématiques de la capitale économique portent la signature d’entreprises chinoises. Bâtiments publics, ouvrages d’art et aménagements urbains illustrent une coopération qui ne se limite plus aux prêts concessionnels classiques, mais s’étend à des partenariats opérationnels associant transfert de compétences et présence durable sur le terrain. Cette montée en puissance traduit la position singulière de Cotonou dans la cartographie ouest-africaine des Routes de la soie.

Les corridors du Nord, axe géostratégique

Le second volet, moins médiatisé mais tout aussi structurant, concerne les axes routiers qui relient Cotonou aux frontières nigérienne et burkinabè. Le désenclavement du septentrion béninois conditionne à la fois l’activité agricole locale et le transit des marchandises vers les pays sahéliens. Dans une région marquée par l’extension de la menace jihadiste et la reconfiguration des alliances diplomatiques, la qualité des infrastructures routières devient un enjeu de sécurité autant qu’un instrument économique.

Les entreprises chinoises de travaux publics, déjà bien implantées sur le continent, se sont positionnées sur plusieurs tronçons clés. Leur compétitivité tarifaire et leur capacité à mobiliser rapidement des financements via Exim Bank of China ou la Banque chinoise de développement leur confèrent un avantage face aux opérateurs européens. Pour Cotonou, ce recours pragmatique permet d’accélérer la livraison d’ouvrages qui auraient autrement attendu des cycles budgétaires longs.

Wadagni et la continuité du partenariat avec Pékin

L’arrivée de Romuald Wadagni au palais de la Marina marque une transition politique, mais ne devrait pas bouleverser l’architecture du partenariat avec la Chine. Ancien ministre de l’Économie et des Finances de Patrice Talon, le nouveau chef de l’État connaît dans le détail les montages financiers qui ont permis de réaliser le Programme d’action du gouvernement. Sa lecture pragmatique des équilibres budgétaires plaide pour un maintien des canaux de coopération éprouvés.

Reste que la relation sino-béninoise n’échappe pas aux débats qui traversent l’ensemble du continent. La question de la soutenabilité de la dette extérieure, celle de la part réservée aux entreprises et à la main-d’œuvre locales, ou encore la transparence des contrats, reviendront vraisemblablement dans le débat public. Le Bénin, dont la signature souveraine reste appréciée sur les marchés internationaux, dispose toutefois d’une marge de manœuvre pour négocier ses conditions et diversifier ses bailleurs.

Dans le même temps, Pékin ajuste sa propre doctrine. Les financements de grande ampleur cèdent du terrain à des projets plus ciblés, davantage articulés autour de la rentabilité et des partenariats public-privé. Cette inflexion correspond aux attentes d’une administration béninoise soucieuse de discipline budgétaire. Le port de Cotonou, les corridors du Nord et les futurs pôles industriels du pays devraient ainsi continuer à porter une empreinte chinoise visible, sans pour autant figer la stratégie d’ouverture économique de Cotonou. Selon RFI Afrique, cette dynamique s’inscrit dans la continuité des choix opérés sous la précédente mandature.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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