Effondrement à Abidjan : huit morts dans un immeuble sans permis

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

L’effondrement d’un immeuble en construction à Koumassi, quartier populaire du sud d’Abidjan, a coûté la vie à huit personnes durant le week-end du 23 au 24 mai 2026. Le drame, survenu dans l’une des communes les plus densément peuplées de la capitale économique ivoirienne, soulève une vague d’inquiétude parmi les riverains et interroge l’efficacité des dispositifs de contrôle des chantiers privés en Côte d’Ivoire.

Un chantier dépourvu de permis de construire

Selon les premières conclusions communiquées par le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, l’édifice ne disposait d’aucune autorisation administrative. L’absence de permis de construire place d’emblée le promoteur en situation d’illégalité et oriente l’enquête vers les responsabilités individuelles. À Abidjan, l’essor démographique alimente une demande de logement soutenue qui favorise la prolifération de constructions échappant aux circuits réglementaires.

Koumassi, traversée par des canaux et bordée par la lagune Ébrié, présente des sols fragiles, en partie composés de remblais et de zones marécageuses. Les habitants interrogés sur place pointent un terrain saturé d’eau, peu compatible avec l’élévation d’un bâtiment de plusieurs niveaux. Cette caractéristique géotechnique exige normalement des études de sol approfondies et des fondations adaptées, procédures que les chantiers informels contournent fréquemment pour réduire les coûts.

L’anxiété s’installe parmi les riverains

Dans les rues avoisinantes, la peur d’une réplique s’est installée. Plusieurs immeubles voisins, érigés selon des méthodes comparables, suscitent la même défiance. Des résidents évoquent la possibilité d’effondrements en chaîne et réclament une inspection systématique des bâtiments présentant des signes de fragilité. La parole publique recueillie sur place traduit un sentiment d’abandon face à un risque diffus mais permanent.

Ce type d’accident n’est pas inédit dans la métropole ivoirienne. Au cours des dernières années, plusieurs effondrements de bâtiments ont déjà endeuillé Abidjan, en particulier dans les communes périphériques où la pression foncière conduit à densifier le bâti sans toujours respecter les normes. Le ministère de la Construction avait déjà annoncé, à la suite de précédents drames, des campagnes de recensement des immeubles à risque, sans que leurs effets soient pleinement perceptibles sur le terrain.

Une gouvernance urbaine sous tension

Le drame de Koumassi met en lumière les angles morts d’une urbanisation rapide. Abidjan, qui concentre près d’un quart de la population ivoirienne, voit fleurir des immeubles résidentiels destinés à une classe moyenne en quête de logements abordables. La rentabilité attendue de ces opérations incite certains promoteurs à comprimer les délais, à minorer les études techniques et à éviter les démarches administratives jugées trop lourdes.

Les autorités disposent pourtant d’un arsenal normatif. Le permis de construire, l’agrément des entreprises de bâtiment, le contrôle technique obligatoire pour certains ouvrages et les sanctions prévues par le Code de l’urbanisme forment un cadre théoriquement contraignant. Reste que l’application demeure inégale, en raison d’effectifs réduits dans les services techniques municipaux et d’une coordination perfectible entre l’État central et les communes.

Le pouvoir exécutif est désormais attendu sur deux fronts. D’une part, identifier les responsabilités dans le sinistre de Koumassi et engager des poursuites le cas échéant. D’autre part, renforcer le maillage de contrôle des chantiers privés, en particulier dans les zones lagunaires où les contraintes géotechniques sont mal documentées. Les bailleurs internationaux, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), accompagnent depuis plusieurs années des programmes de résorption de l’habitat précaire à Abidjan, mais leur portée reste limitée face à l’ampleur du phénomène.

Vers une réponse de fond

Pour les professionnels du secteur, la sécurisation passe par une montée en puissance des bureaux de contrôle technique, l’obligation effective d’études géotechniques sur les terrains sensibles et un durcissement des sanctions à l’encontre des promoteurs hors-la-loi. Les architectes ivoiriens plaident également pour une cartographie publique des sols à risque, susceptible d’orienter les décisions des municipalités. Le bilan humain du week-end pourrait constituer un point d’inflexion, à condition que l’enquête débouche sur des mesures concrètes et lisibles. Selon RFI Afrique.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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