Liban : Israël cherche à pousser au-delà de la « ligne jaune »

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

Au sud du Liban, la pression militaire israélienne s’intensifie autour de la « ligne jaune », ce tracé fixé par l’accord de cessation des hostilités de novembre 2024 qui délimite la zone de retrait des forces israéliennes. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, des unités de Tsahal cherchent désormais à pousser leurs positions au-delà de cette démarcation, invoquant la nécessité de contrer la menace croissante des drones attribués au Hezbollah. Cette progression rampante traduit une volonté assumée d’imposer un nouveau rapport de force sur le terrain, sans attendre de réajustement diplomatique.

Une « ligne jaune » contestée sur le terrain

La « ligne jaune » résulte du compromis arraché à l’automne 2024, censé mettre fin à plus d’un an d’affrontements directs entre l’armée israélienne et le Hezbollah. Le texte prévoit le retrait progressif des troupes israéliennes, le redéploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et la supervision d’un mécanisme de contrôle international. Près d’un an plus tard, l’application demeure partielle. Plusieurs collines stratégiques restent occupées, et les opérations ponctuelles se poursuivent contre des cibles présumées de la formation chiite.

D’après les éléments rapportés par la presse libanaise, les forces israéliennes effectuent depuis plusieurs semaines des incursions limitées mais répétées dans des localités situées au-delà de la ligne convenue. Bulldozers, blindés et fantassins interviennent généralement de nuit, érigent des positions provisoires, puis se replient ou se maintiennent selon les configurations. Ces manœuvres visent en priorité des zones surplombant la Galilée, jugées stratégiques pour la détection des engins volants.

Le drone, nouveau cœur de la doctrine du Hezbollah

La menace des drones constitue désormais l’argument central du commandement israélien. Tout au long du conflit ouvert en octobre 2023, le Hezbollah a démontré une capacité accrue à employer des engins de petite et moyenne taille, difficiles à intercepter par les systèmes de défense aérienne classiques. Les essaims lancés vers les positions de Tsahal, les bases militaires et certaines localités du nord d’Israël ont mis en évidence les angles morts du dispositif antiaérien, en particulier face aux drones suicides à basse altitude.

Pour les responsables militaires israéliens, la riposte passe par un éloignement physique de la rampe de lancement. Tenir le relief, observer les vallées et frapper de manière préventive les équipes de tir suppose, selon cette logique, d’occuper des points hauts situés à plusieurs kilomètres au nord de la frontière internationale. Concrètement, cela revient à transformer la zone tampon prévue par l’accord en glacis militaire permanent, géré par Israël plutôt que par les Casques bleus de la Finul ou l’armée libanaise.

Reste que cette stratégie heurte directement les engagements pris devant les médiateurs américain et français. Beyrouth dénonce régulièrement les violations aériennes et terrestres, sans pour autant disposer des leviers militaires permettant d’y mettre un terme. Le gouvernement libanais, fragilisé par une crise institutionnelle qui s’éternise, mise sur la pression diplomatique et sur l’activation du mécanisme de surveillance présidé par Washington.

Un équilibre régional sous tension

L’enjeu dépasse la seule géographie du Liban-Sud. En cherchant à élargir son emprise, l’État hébreu envoie un signal à plusieurs acteurs : au Hezbollah, dont il veut démontrer la vulnérabilité prolongée ; à l’Iran, dont les capacités d’appui logistique sont scrutées ; mais aussi aux capitales occidentales engagées dans la stabilisation post-cessez-le-feu. Tel-Aviv affiche ainsi sa volonté de définir unilatéralement le périmètre acceptable de la présence du parti chiite, quitte à faire vaciller le cadre négocié.

Du côté du Hezbollah, le choix tactique consiste pour l’heure à ne pas réagir frontalement aux incursions, en évitant la spirale qui rouvrirait un front coûteux. Ses partisans soulignent toutefois que les capacités balistiques et de drones n’ont pas été démantelées, et que la dissuasion reste opérationnelle. Cette retenue affichée traduit la priorité donnée à la reconstruction des zones sinistrées du sud et de la Bekaa, ainsi qu’à la préservation du capital politique interne du mouvement.

Pour les chancelleries de la région, l’évolution du dossier libanais conditionne en partie la trajectoire globale du Moyen-Orient au lendemain de la séquence de Gaza. Une rupture franche de la « ligne jaune » provoquerait une onde de choc bien au-delà du Litani. Selon Al Akhbar, les prochaines semaines détermineront si ce grignotage territorial s’inscrit dans une stratégie de fait accompli durable ou s’il sera contenu par la médiation internationale.

Pour aller plus loin

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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