Khamenei : les territoires de la région ne protégeront plus les bases américaines

Stunning panoramic view of Tehran's skyline at dusk, showcasing the city's dense urban environment and architectural diversity.Photo : Mehdi Salehi / Pexels

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Le Guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei, a livré un avertissement appuyé aux États-Unis : les territoires du Moyen-Orient ne joueront plus le rôle de bouclier pour les bases militaires américaines implantées dans la zone. La formule, brève mais lourde de conséquences, est intervenue dans un climat régional déjà tendu par la séquence des frappes croisées entre Israël, l’Iran et plusieurs acteurs alignés sur l’axe dit de la résistance. Elle s’inscrit dans la continuité d’une doctrine de dissuasion que Téhéran cherche à reformuler après les épisodes militaires des derniers mois.

Une déclaration qui acte un changement de doctrine

En affirmant que les sols régionaux ne protégeront plus les implantations militaires américaines, Khamenei envoie un signal aux capitales du Golfe et du Levant qui hébergent ces emprises. Les bases américaines au Qatar, à Bahreïn, au Koweït, en Irak, en Jordanie ou aux Émirats arabes unis constituent l’ossature de la posture militaire de Washington au Moyen-Orient. Le message iranien revient à dire que la souveraineté territoriale des États hôtes ne sera plus considérée comme un sanctuaire opérationnel pour le Pentagone. Concrètement, toute frappe future pourrait viser ces infrastructures, indépendamment de leur pays d’accueil.

La portée de cette déclaration dépasse la rhétorique. Elle entérine, sur le plan doctrinal, ce que plusieurs épisodes récents avaient déjà esquissé sur le plan opérationnel. En juin, l’attaque iranienne contre la base d’Al-Udeid au Qatar, en représailles à des frappes américaines sur des sites nucléaires iraniens, avait montré que Téhéran était disposé à franchir un seuil que l’on croyait tabou. Khamenei semble désormais théoriser ce qu’il a pratiqué.

Les capitales hôtes face à un dilemme stratégique

Pour les monarchies du Golfe, le message est inconfortable. Doha, Manama, Abou Dhabi ou Riyad ont construit ces dernières décennies une partie de leur sécurité sur la présence militaire américaine, tout en cultivant un dialogue économique et parfois politique avec Téhéran. La déclaration du Guide suprême complique cet équilibre. Elle ravive le débat, déjà engagé dans plusieurs chancelleries du Conseil de coopération du Golfe (CCG), sur le coût géopolitique réel de l’hébergement des forces américaines.

L’Irak et la Syrie figurent également en première ligne. Les bases américaines d’Aïn al-Assad et d’al-Tanf ont essuyé à plusieurs reprises des tirs attribués à des factions proches de l’Iran. La nouvelle ligne énoncée par Khamenei pourrait offrir une couverture politique à ces opérations, en les inscrivant dans une logique régionale assumée plutôt que dans des initiatives locales déniées.

Une grammaire de la dissuasion réécrite

Au-delà de la cible immédiate, la déclaration traduit une volonté iranienne de réécrire la grammaire de la dissuasion régionale. Pendant deux décennies, Téhéran a privilégié la stratégie indirecte, en s’appuyant sur des relais armés au Liban, en Irak, au Yémen ou en Syrie. La séquence ouverte par la guerre de Gaza, puis par l’affrontement direct avec Israël en 2024 et 2025, a rebattu les cartes. Le Hezbollah a été affaibli, le régime syrien de Bachar el-Assad est tombé en décembre 2024, et plusieurs cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont été éliminés.

Dans ce contexte de recomposition, le pouvoir iranien cherche à compenser l’érosion de son glacis stratégique par un durcissement doctrinal. Désigner les bases américaines comme cibles légitimes, indépendamment de leur localisation, revient à élargir le périmètre de la dissuasion sans dépendre exclusivement des alliés régionaux. C’est aussi une manière de rappeler à Washington que toute escalade contre le territoire iranien aurait un coût immédiat pour son dispositif au Moyen-Orient.

Reste à mesurer la traduction opérationnelle de cette ligne. Les capacités balistiques et de drones de l’Iran ont été testées en conditions réelles à plusieurs reprises, avec des résultats inégaux. Mais la portée politique du message est claire : Téhéran refuse désormais d’admettre qu’une base américaine puisse opérer impunément depuis un sol arabe. Selon Al Akhbar, cette déclaration s’inscrit dans une série d’interventions récentes du Guide suprême destinées à affermir la posture stratégique de la République islamique.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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