Les négociations indirectes engagées à Washington autour de la séquence Gaza-Iran prennent une tournure plus rugueuse. Selon des informations rapportées par le quotidien libanais Al Akhbar, Israël aurait transmis à la délégation de l’Autorité palestinienne un ensemble de conditions préalables à toute discussion sur le « jour d’après » dans la bande de Gaza, tandis que Téhéran durcit en parallèle ses propres exigences. La République islamique ne se contenterait plus d’un cessez-le-feu : elle réclamerait un retrait militaire complet des forces israéliennes des positions avancées tenues depuis les frappes de juin.
Les conditions israéliennes posées à la délégation palestinienne
D’après les éléments diffusés par Al Akhbar, le cabinet de sécurité israélien aurait formulé une liste de prérequis avant tout engagement politique avec les représentants de Ramallah dépêchés dans la capitale américaine. Le gouvernement de Benyamin Netanyahou exigerait notamment un démantèlement complet des structures armées du Hamas à Gaza, l’exclusion explicite du mouvement de toute architecture de gouvernance post-conflit, ainsi qu’un mécanisme de contrôle israélien sur les frontières de l’enclave. La question du financement de l’Autorité palestinienne, suspendu à de récurrentes retenues sur les recettes fiscales collectées par Israël, serait également posée comme un levier de pression.
Ces conditions traduisent une volonté assumée de l’exécutif israélien de cadrer en amont l’agenda diplomatique américain. Pour Ramallah, l’enjeu est de taille. La délégation conduite à Washington cherche à se positionner comme l’interlocuteur incontournable de toute reconstruction de Gaza, alors que des plans concurrents portés par Riyad, Le Caire et Abou Dhabi circulent depuis plusieurs mois. L’Autorité palestinienne tente d’obtenir des garanties américaines sur son retour effectif dans l’enclave, dont elle a été chassée militairement par le Hamas en 2007.
L’Iran réclame un retrait, pas seulement une trêve
Sur le volet iranien, la grille de lecture rapportée par le journal beyrouthin est sensiblement différente. Téhéran n’aborderait pas les contacts indirects avec Washington sous l’angle d’un simple gel des hostilités. La diplomatie iranienne, encore marquée par la campagne aérienne israélo-américaine menée contre ses sites nucléaires et balistiques au printemps, exigerait un retrait des forces israéliennes des positions acquises lors des frappes, ainsi que la levée d’une partie du régime de sanctions internationales reconduit après l’activation du mécanisme de snapback.
Cette posture traduit la volonté du Guide suprême Ali Khamenei de ne pas valider, par défaut, le nouvel équilibre régional issu de la séquence militaire. À Téhéran, plusieurs voix au sein du Conseil suprême de sécurité nationale considèrent qu’un cessez-le-feu sans contrepartie territoriale ou diplomatique reviendrait à entériner les gains israéliens. Le dossier nucléaire reste, en arrière-plan, le principal point de friction. Les capacités d’enrichissement iraniennes, partiellement dégradées mais non détruites, demeurent l’objet central de l’attention occidentale.
Washington pris entre deux agendas concurrents
L’administration américaine se retrouve dans une position d’arbitre inconfortable. D’un côté, elle pousse l’Autorité palestinienne à accepter les paramètres israéliens pour débloquer un cadre de gouvernance post-conflit jugé indispensable à la stabilisation de l’enclave et à la concrétisation des accords d’Abraham élargis à Riyad. De l’autre, elle cherche à éviter une nouvelle escalade avec Téhéran, alors que le théâtre yéménite et les routes maritimes de la mer Rouge restent sous tension.
La concomitance des deux pistes, palestinienne et iranienne, n’est pas fortuite. Elle traduit la conviction de la Maison-Blanche qu’un règlement durable à Gaza ne peut être dissocié d’une recomposition plus large de l’équation régionale, incluant le Liban, la Syrie et le programme nucléaire iranien. Reste que les exigences avancées par les uns et les autres apparaissent, en l’état, difficilement conciliables. Les diplomates européens consultés en marge des discussions évoquent une fenêtre étroite, de quelques semaines tout au plus, avant que la dynamique militaire ne reprenne le pas sur les efforts politiques.
Pour Ramallah, l’épreuve washingtonienne servira de test grandeur nature à sa capacité de peser sur un dossier dont elle a été marginalisée depuis le 7 octobre 2023. Pour Téhéran, il s’agit avant tout de préserver les marges de manœuvre de l’axe de la résistance, fragilisé mais non démantelé. Selon Al Akhbar, les prochains jours seront déterminants pour mesurer la marge réelle de convergence entre les parties.
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