Liban-Sud : les frappes israéliennes peuvent-elles déclencher des séismes ?

A collection of vintage Spanish book pages, showcasing classic literature and historical writings, Venezuela.Photo : Arturo Añez. / Pexels

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La question revient avec insistance dans les villages du Liban-Sud soumis depuis des mois à une campagne israélienne d’une intensité inédite : les frappes israéliennes répétées, dont certaines visent des tunnels et des infrastructures enterrées avec des munitions pénétrantes, peuvent-elles stimuler la survenue de séismes dans une zone géologiquement fragile ? L’interrogation, longtemps cantonnée aux conversations privées des habitants, gagne désormais le terrain scientifique et politique, sur fond de secousses ressenties à plusieurs reprises ces derniers mois entre Bint Jbeil, Marjeyoun et la vallée de la Bekaa.

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Le territoire libanais est traversé par la faille du Levant, prolongement nord du grand rift est-africain, dont les segments Yammouneh, Roum et Serghaya structurent l’activité sismique régionale. Cette configuration tectonique, héritée du mouvement entre la plaque arabique et la plaque africaine, place le sud du pays dans une situation de vulnérabilité chronique. Les archives historiques rappellent que des séismes majeurs y ont déjà provoqué des destructions massives, notamment celui de 1837 dans la région de Safed, ressenti jusque dans la plaine de la Békaa.

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Une hypothèse scientifique sérieusement discutée

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La sismicité dite induite n’est pas un concept marginal. Elle est documentée dans de nombreux contextes industriels : extraction d’hydrocarbures par fracturation hydraulique, remplissage de grands barrages, exploitation géothermique profonde et, plus directement comparable au cas libanais, essais nucléaires souterrains. La littérature spécialisée admet que des charges explosives puissantes peuvent générer des micro-ruptures sur des failles déjà chargées en contraintes, en jouant le rôle de déclencheur plutôt que de cause première.

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Les frappes israéliennes au sud du Liban mobilisent des munitions de gros calibre, dont certaines bombes anti-bunker d’une tonne, conçues précisément pour pénétrer le sol avant de détoner. Selon plusieurs experts cités par la presse libanaise, l’onde de choc générée par ces engins se propage en profondeur et peut, dans certaines configurations, interagir avec des accidents géologiques superficiels. Reste que l’établissement d’un lien de causalité directe avec une secousse précise demeure un exercice délicat, qui suppose un maillage dense de capteurs et une analyse fine des sismogrammes.

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Un débat scientifique sous tension politique

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Le Centre national de géophysique de Bhannes, rattaché au Conseil national de la recherche scientifique libanais (CNRS-L), assure la surveillance sismique du pays. Ses relevés des derniers mois font état d’une multiplication d’événements de faible magnitude dans la bande frontalière, sans qu’une corrélation systématique avec les bombardements ait été officiellement établie. Plusieurs chercheurs interrogés appellent à distinguer la sismicité naturelle de fond, statistiquement attendue sur la faille du Levant, et d’éventuels signaux anthropiques induits par les explosions.

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Le débat dépasse rapidement le strict cadre académique. Pour une partie de l’opinion libanaise, attribuer aux bombardements une responsabilité dans les secousses ressenties relève d’un constat de bon sens, validé par l’expérience sensible des habitants qui décrivent un sol vibrant à la suite des raids. Pour d’autres voix, plus prudentes, il convient de ne pas substituer une lecture politique à une démarche scientifique rigoureuse, au risque de fragiliser la crédibilité des conclusions à venir.

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Un enjeu de sécurité civile et de souveraineté

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Au-delà de la controverse, l’épisode met en lumière le déficit d’infrastructures de mesure et d’expertise indépendante dont souffre le Liban. La cartographie précise des failles actives, le renforcement du réseau de stations sismiques et la modélisation des effets cumulés des explosions sur la stabilité des sols apparaissent comme des chantiers prioritaires, dans un pays où le bâti ancien et l’urbanisation anarchique aggravent l’exposition au risque.

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La question dépasse les frontières libanaises. Le nord d’Israël, la Syrie occidentale et la Jordanie partagent les mêmes accidents tectoniques, ce qui transforme tout débat sur la sismicité induite en sujet régional. À mesure que la confrontation s’inscrit dans la durée, la communauté scientifique se trouve sommée d’apporter des réponses étayées, dans un environnement où la donnée brute devient un objet stratégique. Selon Al Akhbar, l’hypothèse d’un lien entre frappes israéliennes et activité sismique au Liban-Sud mérite désormais une investigation systématique.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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