En Guinée, le principal parti d’opposition, le Front pour la démocratie en Guinée (FRONDEG), a choisi de se retirer du double scrutin législatif et local convoqué le 31 mai. Son leader, l’ancien ministre Abdoulaye Yéro Baldé, motive ce désengagement par ce qu’il qualifie d’irrégularités persistantes affectant l’organisation des élections. La décision intervient à quelques semaines d’un rendez-vous présenté par les autorités comme la dernière marche du retour à l’ordre constitutionnel.
Un scrutin décisif pour clore la transition guinéenne
Le vote du 31 mai doit permettre de pourvoir 147 sièges à l’Assemblée nationale et de désigner 342 maires à travers le pays. Il s’agit du premier exercice législatif depuis la prise du pouvoir par le général Mamadi Doumbouya, en septembre 2021, qui avait suspendu les institutions issues de l’ère Alpha Condé. Pour la junte au pouvoir, ce double scrutin constitue la pièce maîtresse d’un calendrier de normalisation institutionnelle étalé sur plus de quatre années.
L’élection présidentielle organisée quelques mois plus tôt avait été remportée par le général Doumbouya, officialisant son passage du statut de chef de la transition à celui de président élu. Le scrutin législatif est censé compléter cet édifice en dotant le pays d’une Assemblée nationale renouvelée, après une longue séquence durant laquelle le Conseil national de la transition (CNT) a fait office de chambre législative provisoire.
Le FRONDEG dénonce un processus électoral biaisé
En justifiant son retrait, Abdoulaye Yéro Baldé met en cause la sincérité du fichier électoral, les conditions de la campagne et le rôle des organes chargés de superviser le vote. L’opposant, qui avait fondé le FRONDEG comme plateforme d’alternance, estime que les garanties minimales d’un scrutin équitable ne sont pas réunies. Sa formation revendique le statut de principale force d’opposition depuis l’éclatement et la mise en sommeil de plusieurs partis historiques sous la transition.
Concrètement, ce retrait prive le scrutin d’une voix critique structurée et soulève la question de la représentativité de la future Assemblée. Plusieurs organisations de la société civile guinéenne avaient déjà pointé, ces derniers mois, des restrictions visant les rassemblements politiques et la couverture médiatique des opposants. Les partis traditionnels, dont le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), évoluent eux-mêmes dans un environnement contraint depuis la dissolution de fait de leurs principaux dispositifs militants.
Un signal préoccupant pour les partenaires régionaux
La décision du FRONDEG arrive à un moment sensible pour Conakry sur la scène ouest-africaine. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) avait fait du retour à un ordre constitutionnel pleinement légitime l’une de ses exigences vis-à-vis des autorités guinéennes. Un scrutin législatif boycotté par l’opposition principale risque d’écorner le crédit politique du processus aux yeux des partenaires régionaux et des bailleurs internationaux.
Sur le plan économique, la stabilité institutionnelle guinéenne reste un paramètre stratégique pour les investisseurs miniers, alors que le pays demeure l’un des premiers exportateurs mondiaux de bauxite et avance sur le mégaprojet de fer de Simandou. Une Assemblée privée d’opposition substantielle pourrait limiter la capacité de contrôle parlementaire sur les contrats extractifs et les arbitrages budgétaires à venir. Les chancelleries occidentales, attentives à la trajectoire de la junte, observeront le taux de participation comme un indicateur clé de la légitimité du futur Parlement.
Reste à savoir si le retrait du FRONDEG entraînera d’autres défections au sein des formations encore engagées dans la course. Plusieurs petits partis, tributaires de financements publics liés à leur représentation, pourraient maintenir leur participation malgré les critiques. Le pouvoir dispose, lui, des leviers administratifs pour assurer la tenue du vote dans les délais annoncés. Selon RFI Afrique.
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