La Société financière internationale (IFC), filiale du groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé, et Tamwilcom, institution publique marocaine spécialisée dans la garantie et le financement des entreprises, ont conclu un accord de partage de risques portant sur un encours d’environ 2,74 milliards de dirhams, soit près de 300 millions de dollars. Le mécanisme a vocation à couvrir un portefeuille de garanties octroyées par Tamwilcom à des petites et moyennes entreprises marocaines, en concentrant ses effets sur des segments identifiés comme stratégiques par les autorités économiques du Royaume.
Un levier destiné à décloisonner le crédit aux PME
Le dispositif s’inscrit dans la continuité des efforts engagés par Rabat pour corriger l’asymétrie persistante entre l’offre bancaire et les besoins des tissus productifs intermédiaires. Les petites et moyennes entreprises constituent la colonne vertébrale du tissu économique marocain, mais demeurent confrontées à des exigences de collatéral jugées dissuasives par nombre d’opérateurs. En mutualisant une partie du risque avec l’IFC, Tamwilcom pourra élargir son volume d’engagements sans détériorer ses ratios prudentiels, ce qui se traduit mécaniquement par une capacité accrue à adosser les crédits distribués par les banques commerciales.
L’approche retenue, fondée sur une couverture de portefeuille plutôt que sur une garantie opération par opération, permet de standardiser l’instruction des dossiers et d’accélérer les décaissements. Elle répond à une critique récurrente des fédérations patronales marocaines, qui déplorent la lenteur des processus d’octroi et l’aversion au risque des établissements financiers vis-à-vis des jeunes entreprises ou des secteurs jugés volatils.
Entrepreneuriat féminin, agriculture et chaînes de valeur
Le partenariat identifie trois cibles prioritaires. Les entreprises dirigées par des femmes figurent en tête de liste, dans la lignée des programmes internationaux visant à combler l’écart de financement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars sur le continent africain. Le Maroc, qui affiche une progression mesurée de la participation féminine à l’activité économique formelle, entend utiliser l’effet de levier du partage de risques pour densifier le vivier d’entrepreneuses bancarisées.
Le secteur agricole constitue la deuxième priorité explicite du dispositif. Confronté à la succession d’années de stress hydrique et aux tensions sur les intrants, l’agriculture marocaine doit financer une transition vers des modèles plus résilients, ce qui suppose des investissements en irrigation localisée, en énergies renouvelables et en équipements de transformation. Le troisième segment concerne les entreprises intégrées aux chaînes d’approvisionnement, en cohérence avec la stratégie industrielle du Royaume qui ambitionne de consolider sa place dans les filières automobile, aéronautique et électronique en densifiant le tissu des sous-traitants locaux.
Une architecture financière alignée sur les priorités souveraines
Pour l’IFC, cet engagement prolonge une présence active au Maroc, considéré comme l’un de ses marchés de référence en Afrique du Nord. L’institution y combine investissements directs, lignes de crédit aux banques commerciales et outils de dérisquage destinés aux opérateurs publics. La conclusion de cet accord avec Tamwilcom confirme la stratégie consistant à s’appuyer sur des intermédiaires locaux dotés d’un maillage fin du territoire, plutôt que d’intervenir en direct auprès des PME.
Pour Tamwilcom, héritière de la Caisse centrale de garantie, l’opération consolide sa transformation en plateforme de référence du financement entrepreneurial. L’institution avait déjà multiplié, au cours des derniers exercices, les conventions avec des bailleurs multilatéraux et des agences bilatérales européennes. L’apport de l’IFC renforce sa capacité à absorber des chocs macroéconomiques et à maintenir un flux stable de garanties, y compris dans des phases où les banques tendent à restreindre leur exposition.
Au-delà du montant affiché, l’enjeu porte sur la capacité du dispositif à irriguer effectivement les segments visés. La mesure de l’efficacité devra s’apprécier à l’aune du volume de crédits déclenchés, du profil des bénéficiaires finaux et du taux de sinistralité observé. Selon Financial Afrik, l’accord a été formalisé au cours du week-end précédant sa publication.



Be the first to comment on "IFC et Tamwilcom scellent un partage de risques de 300 M$ au Maroc"