Kidal : les rebelles touaregs annoncent le départ d’Africa Corps

A convoy of armored SUVs traversing a deserted desert road under a clear sky.Photo : Ben Khatry / Pexels

La rébellion touarègue active dans le nord du Mali a annoncé le retrait des soldats russes d’Africa Corps de la région de Kidal, bastion historique des mouvements indépendantistes. Cette déclaration, relayée par les porte-paroles des groupes armés du Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-DPA), s’inscrit dans une séquence de regain d’hostilités entre forces gouvernementales maliennes et combattants touaregs depuis la rupture de l’accord d’Alger en 2024. Si elle se confirmait, l’opération signerait un repositionnement notable du dispositif sécuritaire russe au Sahel, appelé à remplacer progressivement Wagner depuis la mort de Evgueni Prigojine.

Africa Corps, héritier de Wagner sur le théâtre malien

Déployé au Mali à partir de la fin 2023, Africa Corps est placé sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, à la différence de Wagner, structure paramilitaire à statut opaque. Ses effectifs, estimés à plusieurs centaines d’hommes par les chancelleries occidentales, opèrent en appui des Forces armées maliennes (FAMa) dans la lutte contre les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, ainsi que face à la rébellion touarègue. Kidal, reprise par l’armée malienne en novembre 2023 au terme d’une offensive soutenue par des moyens aériens russes, constitue un symbole politique pour la junte au pouvoir à Bamako.

La ville et ses environs ont depuis été le théâtre d’embuscades répétées. L’épisode le plus marquant remonte à juillet 2024, lorsque les combattants du CSP-DPA, appuyés par des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), avaient infligé de lourdes pertes à une colonne mixte FAMa-Wagner près de Tinzaouatène, à la frontière algérienne. Plusieurs dizaines de mercenaires russes y avaient été tués, selon les revendications croisées des assaillants.

Une annonce qui rebat les cartes sécuritaires

Les rebelles touaregs présentent ce supposé retrait comme une victoire stratégique et un aveu d’échec du partenariat militaire russo-malien dans la zone. Aucune confirmation officielle n’a toutefois émané des autorités de transition maliennes ni de Moscou. Les analystes restent prudents : un redéploiement partiel d’Africa Corps vers d’autres théâtres, notamment le Burkina Faso, le Niger ou la Centrafrique, pourrait être interprété comme un retrait par les groupes armés sans signifier un désengagement structurel.

La création de la Confédération des États du Sahel (AES), réunissant Bamako, Ouagadougou et Niamey, a renforcé la mutualisation des moyens militaires russes sur la bande sahélienne. Les trois capitales ont quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en janvier 2025 et privilégient désormais une coopération de défense intégrée, dont Africa Corps constitue l’un des piliers opérationnels.

Kidal, ligne de fracture du projet sahélien

Le contrôle effectif du nord-est malien demeure disputé. Au-delà de Kidal, les localités de Tessalit, Aguelhok et Tinzaouatène échappent largement à l’autorité centrale, et les axes routiers reliant la région à Gao restent vulnérables. Les groupes jihadistes y exploitent l’attrition des forces conventionnelles, multipliant les engins explosifs improvisés et les attaques contre les convois de ravitaillement. Pour les rebelles touaregs, un éventuel retrait russe ouvrirait une fenêtre tactique afin de reconstituer leurs positions et de relancer la revendication d’autonomie de l’Azawad.

Sur le plan diplomatique, l’annonce intervient alors que la médiation algérienne, longtemps garante de l’accord de paix de 2015, est rompue depuis le rappel des ambassadeurs entre Alger et Bamako fin 2024. La Mauritanie et la Libye observent avec attention l’évolution du dossier, conscientes que toute reconfiguration du rapport de forces à Kidal aura des répercussions sur l’ensemble du flanc saharien. Les chancelleries européennes, écartées du jeu sahélien depuis le départ de la force Barkhane et de la mission Minusma, sont réduites à un rôle d’observateur.

La prudence s’impose donc face à une annonce dont la portée réelle dépendra des semaines à venir, et notamment de la capacité des autorités maliennes à maintenir leur présence à Kidal sans le renfort visible de leurs partenaires russes. Selon Seneweb.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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