Liban : l’Union des comités de parents refuse l’ouverture des centres d’examens

Middle Eastern children attending school in a classroom in Idlib, Syria.Photo : Ahmed akacha / Pexels

L’Union des comités de parents d’élèves au Liban a publiquement demandé que les centres d’examens officiels ne soient pas ouverts tant que des garanties claires ne seront pas obtenues. La sortie, relayée par la presse beyrouthine, intervient à l’approche d’une session particulièrement scrutée, dans un pays où l’école publique paie depuis plusieurs années le prix fort de l’effondrement financier. Le message des parents est explicite : aucune mobilisation logistique avant un engagement formel de l’État sur les conditions matérielles et pédagogiques des épreuves.

Une session d’examens sous haute tension au Liban

Les examens officiels constituent, dans le système libanais, la pierre angulaire de la certification du brevet et du baccalauréat. Leur tenue conditionne l’accès à l’université et la mobilité des élèves vers l’étranger, une perspective devenue vitale pour de nombreuses familles depuis 2019. La crise multidimensionnelle qui frappe le pays a fragilisé l’enseignement public, multiplié les grèves d’enseignants et compressé les budgets de fonctionnement des établissements. Dans ce contexte, l’ouverture des centres d’examens n’a plus rien d’un acte administratif de routine.

L’Union des comités de parents, qui fédère les représentants des familles dans les écoles publiques et privées, considère que l’organisation d’une session sans préparation suffisante reviendrait à entériner une régression. Elle estime que les élèves ne peuvent être présentés à des épreuves nationales si les programmes n’ont pas été couverts, si les enseignants ne sont pas durablement remobilisés et si la logistique des centres demeure incertaine. La position assumée par la structure consiste donc à conditionner toute coopération à des engagements écrits et publics du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

Les garanties exigées par l’Union des comités de parents

Les parents demandent en premier lieu une visibilité sur le calendrier et sur le contenu effectif des épreuves. Ils réclament une adaptation des sujets à la réalité de l’année scolaire écoulée, marquée par des semaines de classe perdues et par un absentéisme massif des enseignants du secteur public. Sans cette adaptation, l’écart entre les attentes officielles et la préparation réelle des candidats risque, selon eux, de produire un taux d’échec artificiellement élevé.

L’Union insiste également sur les conditions matérielles d’accueil des candidats. La question de l’électricité, des transports, de la sécurité des centres et de la rémunération des correcteurs revient avec insistance dans le débat public libanais. Les associations de parents rappellent que plusieurs sessions récentes ont été perturbées par des grèves des correcteurs réclamant le paiement de leurs indemnités, parfois plusieurs mois après les épreuves. Sans dispositif crédible de versement immédiat, l’organisation s’expose à un nouvel enlisement.

Reste enfin la dimension proprement pédagogique. Les représentants des familles plaident pour un dialogue formel associant le ministère, les syndicats d’enseignants et les comités de parents, afin de stabiliser un cadre minimal. Ils refusent que les élèves servent de variable d’ajustement à un bras de fer institutionnel qui les dépasse.

Un signal politique pour le ministère de l’Éducation

Au-delà de la session, la prise de position vise le ministère de l’Éducation lui-même. Le secteur éducatif libanais fonctionne depuis plusieurs années en mode dégradé, partiellement maintenu à flot par les financements de bailleurs internationaux, dont l’Union européenne, la Banque mondiale et l’UNICEF. La crédibilité des examens officiels est devenue un marqueur politique de la capacité de l’État à honorer ses missions régaliennes.

Un report ou une suspension de fait aurait des conséquences en chaîne. Les universités libanaises et étrangères, dont les calendriers d’admission sont calés sur les résultats officiels, devraient ajuster leurs procédures. Les familles qui préparent une mobilité internationale verraient leurs démarches retardées. Quant aux enseignants, ils tireraient de cette séquence une nouvelle démonstration de la fragilité de leur tutelle, ce qui pourrait nourrir d’autres mouvements sociaux à la rentrée.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement, qui doit arbitrer entre la pression budgétaire, les revendications des enseignants et l’appel des parents. L’issue de cette négociation dira beaucoup de la marge de manœuvre réelle dont dispose encore l’État libanais pour piloter ses politiques publiques. Selon Al Akhbar.

Pour aller plus loin

Iran-Liban : la question de la protection mutuelle ressurgit · Liban : un avocat arrêté sans l’aval du barreau de Beyrouth · Liban : le processus de monopole étatique des armes au point mort

Actualité africaine

About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

Be the first to comment on "Liban : l’Union des comités de parents refuse l’ouverture des centres d’examens"

Laisser un commentaire