Les combats ont repris à Kidal, dans l’extrême nord du Mali, opposant les Forces armées maliennes (FAMa) appuyées par des éléments russes à une coalition de rebelles touareg coordonnés à des groupes jihadistes. Cette flambée de violence intervient dans une région demeurée, depuis l’indépendance, l’épicentre des contestations armées contre l’autorité centrale et le révélateur des recompositions sécuritaires en cours au Sahel.
Kidal, verrou stratégique d’un Mali fracturé
Située à plus de 1 500 kilomètres au nord-est de Bamako, Kidal n’est pas une ville comme les autres. Bastion historique des mouvements touareg, elle a échappé pendant près d’une décennie au contrôle effectif de l’État malien, avant que les FAMa n’y reprennent pied à la fin de l’année 2023, à la faveur du retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA). Sa reconquête avait été présentée par les autorités de transition comme un tournant symbolique de la souveraineté retrouvée.
Mais le contrôle territorial reste fragile. Les groupes armés du Cadre stratégique permanent (CSP), héritiers des signataires de l’accord d’Alger de 2015 désormais caduc, n’ont jamais renoncé à leurs positions dans le massif de l’Adrar des Ifoghas et ses environs. La nouveauté tient à la convergence opérationnelle, signalée par la dépêche, entre rebelles touareg et combattants jihadistes, dont la principale composante reste le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
L’appui russe en première ligne
L’engagement de combattants russes aux côtés des FAMa constitue l’autre marqueur de la séquence. Depuis la rupture avec la France et le départ de la force Barkhane fin 2022, Bamako s’est ostensiblement tourné vers Moscou pour structurer son dispositif antiterroriste. La présence d’instructeurs et de supplétifs russes, longtemps associée au groupe Wagner, a été redéployée sous l’égide de l’Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023.
Cette coopération a connu un revers retentissant à Tinzaouatène, à la frontière algérienne, en juillet 2024, lorsque les forces maliennes et leurs alliés russes avaient subi de lourdes pertes face à une embuscade attribuée à la coalition rebelle. La reprise des combats à Kidal s’inscrit dans le sillage de cet épisode, qui a conforté les groupes armés du Nord dans leur capacité à infliger des coups durs au tandem Bamako-Moscou.
Une équation régionale sous tension
Au-delà du théâtre malien, l’affrontement de Kidal pèse sur l’architecture sécuritaire de la Confédération des États du Sahel (AES), qui rassemble depuis septembre 2023 le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Les trois capitales partagent un récit commun de souveraineté retrouvée et de réorientation stratégique vers la Russie, mais peinent à endiguer l’expansion des groupes armés non étatiques. Le JNIM revendique régulièrement des opérations dans les zones frontalières, et les flux d’armes circulent avec une porosité préoccupante.
La jonction tactique entre rebelles indépendantistes touareg et factions jihadistes, si elle se confirme dans la durée, modifierait substantiellement la lecture du conflit. Historiquement, les mouvements touareg séculiers et les groupes salafistes entretenaient des rapports ambigus, oscillant entre affrontements ouverts et coexistence opportuniste. Une alliance pérenne offrirait aux insurgés une profondeur stratégique élargie et compliquerait les options militaires de Bamako.
Pour les chancelleries de la sous-région, en particulier Alger et Nouakchott, la dégradation du nord malien constitue un risque direct de débordement transfrontalier. Pour les partenaires économiques du Mali, notamment dans les secteurs minier et énergétique, l’instabilité prolongée du septentrion grève la lisibilité des investissements et alimente les primes de risque. Reste à mesurer, dans les semaines qui viennent, la capacité des FAMa et de leurs appuis russes à reprendre l’initiative tactique sur un terrain qui leur est historiquement défavorable.
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