Les frappes aériennes maliennes se sont intensifiées sur Kidal au cours des derniers jours, culminant avec une nouvelle salve dans la nuit du 26 au 27 mai. La ville, bastion historique des Touaregs et verrou stratégique du septentrion malien, demeure depuis le 25 avril sous le contrôle du Front de libération de l’Azawad (FLA) et de combattants du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim), structure affiliée à al-Qaïda. Les bombardements ont occasionné d’importantes destructions matérielles, sans qu’aucun des deux camps ne se soit pour l’heure résolu à un affrontement direct au sol.
Un front gelé un mois après la prise de Kidal
La chute de Kidal le 25 avril dernier a constitué un revers stratégique majeur pour Bamako, qui avait précisément fait de la reconquête de cette localité l’un des marqueurs de sa rupture avec la France et avec les anciens accords d’Alger. Le retournement de situation, intervenu en quelques jours, témoigne de la fragilité du maillage sécuritaire dans l’Adrar des Ifoghas, où les colonnes des Forces armées maliennes (Fama) restent vulnérables aux engins explosifs improvisés et aux embuscades. La prise de Tessalit, tombée à son tour le 1er mai, a confirmé la dynamique offensive de la coalition FLA-Jnim sur l’ensemble du triangle nord-est.
Sur le terrain, l’équilibre des forces se traduit par un statu quo paradoxal. Ni la junte au pouvoir à Bamako, ni les groupes armés qui tiennent désormais Kidal et Tessalit, ne se sont engagés depuis trois semaines dans une bataille frontale. Chacun renforce ses positions, redéploie ses approvisionnements et accumule du renseignement. Les deux camps annoncent publiquement préparer la prochaine séquence de combats, mais aucun n’a franchi le seuil de l’offensive terrestre majeure.
L’Africa Corps en première ligne aux côtés des Fama
Les opérations aériennes de ces derniers jours s’inscrivent dans le cadre du partenariat noué entre Bamako et l’Africa Corps, structure paramilitaire russe qui a succédé à Wagner après la mort d’Evgueni Prigojine. Présents au Mali depuis fin 2021 sous leur précédente bannière, les opérateurs russes fournissent à la fois un appui aérien, du renseignement et un encadrement de certaines unités d’élite maliennes. Leur empreinte au sol n’a toutefois pas suffi à empêcher la reconquête de Kidal par les indépendantistes touaregs, ce qui interroge sur la valeur ajoutée réelle de ce dispositif dans un environnement saharo-sahélien aussi exigeant.
Le recours intensif aux bombardements aériens, principalement opérés par drones et chasseurs récemment livrés par Moscou, traduit l’impossibilité d’engager rapidement une colonne mécanisée sur des centaines de kilomètres de pistes hostiles. Cette doctrine d’attrition par les airs présente toutefois un coût politique élevé : les destructions documentées à Kidal alimentent le narratif des groupes armés sur la nature indiscriminée des frappes, et compliquent la relation de Bamako avec les populations civiles du nord.
Une alliance contre nature aux implications régionales
La convergence opérationnelle entre le FLA, mouvement à dominante touareg historiquement laïc et indépendantiste, et le Jnim, organisation jihadiste salafiste rattachée à al-Qaïda, constitue le fait stratégique majeur de cette séquence. Cette alliance de circonstance, scellée face à un ennemi commun, brouille la lisibilité du conflit et complique la posture des partenaires extérieurs de Bamako. Elle place également l’Algérie voisine dans une position délicate, alors qu’Alger a longtemps joué un rôle de médiation entre l’État malien et les mouvements touaregs.
Au-delà du seul théâtre malien, la situation à Kidal pèse sur la trajectoire de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La capacité des juntes sahéliennes à projeter de la force sur leurs marges désertiques conditionne en grande partie la crédibilité du projet de défense mutuelle qu’elles promeuvent depuis 2024. Un enlisement prolongé dans le nord malien renforcerait, à l’inverse, l’hypothèse d’une fragmentation territoriale durable et offrirait au Jnim un sanctuaire opérationnel difficilement réductible.
Selon RFI Afrique, les deux camps affirment se préparer à de futurs combats dans la région, sans qu’aucun mouvement décisif n’ait été engagé depuis le début du mois.
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