La Banque mondiale débloque 90 millions USD pour la Centrafrique

Overhead view of a bustling city intersection with traffic in Maputo, Mozambique.Photo : SINAL Multimédia / Pexels

La Banque mondiale apportera 90 millions de dollars à la République centrafricaine (RCA) pour s’attaquer simultanément au désenclavement terrestre du territoire et à l’amélioration de l’accès à l’électricité. L’annonce a été faite le 4 juin à Bangui par Franz Drees-Gross, directeur régional de l’institution pour l’Afrique centrale, à l’issue d’un entretien avec le Premier ministre Félix Moloua. Les autorités centrafricaines y voient un appui décisif à deux secteurs identifiés comme les principaux freins à la croissance.

Désenclaver un pays sans façade maritime

Située au cœur du continent, la Centrafrique paie au prix fort son absence d’accès à la mer. Les flux commerciaux dépendent intégralement de corridors routiers traversant le Cameroun, le Tchad ou la République démocratique du Congo, ce qui renchérit mécaniquement le coût des importations et pénalise la compétitivité des produits locaux. La dégradation du réseau routier, accentuée par des décennies d’instabilité, alourdit les délais de livraison et fragilise la chaîne d’approvisionnement des biens de première nécessité.

Le financement annoncé doit permettre de réhabiliter des axes structurants et de fluidifier les échanges avec les pays voisins. Pour un État dont l’économie reste largement informelle et tributaire des importations, la remise à niveau des infrastructures terrestres représente un levier immédiat de baisse des prix et de stimulation de l’activité. Les autorités misent également sur ces investissements pour ouvrir l’arrière-pays, où vivent une grande partie des populations rurales, aux circuits marchands nationaux.

Électrification : un déficit chronique à résorber

Le second volet du programme cible la fourniture d’électricité, un secteur où la RCA affiche l’un des taux d’accès les plus faibles du continent. Le déficit énergétique pèse sur l’ensemble de l’économie productive : industries, services, santé et éducation fonctionnent au ralenti faute d’alimentation stable. Les coupures fréquentes contraignent les opérateurs économiques à recourir à des groupes électrogènes coûteux, fonctionnant au carburant importé, ce qui dégrade leurs marges et décourage l’investissement privé.

L’appui de la Banque mondiale s’inscrit dans une trajectoire de renforcement des capacités de production et de distribution. Il devrait permettre de consolider le réseau existant et d’étendre la couverture vers des zones aujourd’hui non desservies. Pour Bangui, l’enjeu dépasse la simple performance technique : sécuriser l’approvisionnement électrique conditionne l’attractivité du territoire pour les investisseurs étrangers, en particulier dans les secteurs miniers et agro-industriels que le gouvernement cherche à dynamiser.

Un partenariat de longue date avec Bangui

Cette opération vient prolonger une coopération ancienne entre l’institution de Bretton Woods et les autorités centrafricaines. La Banque mondiale figure parmi les premiers bailleurs du pays, aux côtés du Fonds monétaire international, de la Banque africaine de développement et de l’Union européenne. Dans un État classé parmi les plus fragiles du continent, les financements concessionnels jouent un rôle d’amortisseur budgétaire et de catalyseur des réformes structurelles.

Pour le gouvernement de Félix Moloua, sécuriser ce type de ressources reste un impératif. Les marges de manœuvre budgétaires demeurent étroites, et les recettes intérieures ne suffisent pas à couvrir l’ampleur des besoins en infrastructures. L’enveloppe de 90 millions de dollars permettra d’avancer sur des chantiers prioritaires sans aggraver l’endettement à des conditions de marché, la Banque mondiale intervenant via des guichets concessionnels adaptés aux pays à faible revenu.

Reste à concrétiser rapidement la mise en œuvre. La Centrafrique a déjà bénéficié par le passé de plusieurs programmes d’appui aux infrastructures dont l’exécution s’est heurtée à des contraintes sécuritaires et logistiques. Le succès du nouveau financement dépendra autant de la qualité de la maîtrise d’ouvrage que de la stabilité du contexte opérationnel sur les axes ciblés. Selon Financial Afrik, le directeur régional de la Banque mondiale a souligné que ces deux secteurs constituaient des obstacles majeurs au développement durable de l’économie nationale.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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