Cameroun : un MoU relance le corridor ferroviaire Edéa–Kribi–Campo

Freight train with graffiti-covered containers in Alcázar de San Juan, Spain.Photo : Ana Hidalgo Burgos / Pexels

Le projet de corridor ferroviaire Edéa–Kribi–Lolabé–Campo franchit une étape symbolique ce jeudi 4 juin à Yaoundé. L’État du Cameroun, Africa Global Logistics (AGL) et Camalco, filiale locale de l’australien Canyon Resources, doivent parapher un mémorandum d’entente destiné à structurer les discussions autour de cette infrastructure. La cérémonie, prévue à l’hôtel Starland, sera placée sous la présidence du ministre des Transports, Jean Ernest Massena Ngallè Bibehe. L’objectif affiché est de connecter le réseau ferré national au port en eau profonde de Kribi et, à terme, aux futurs flux miniers d’exportation.

Un corridor ferroviaire au cœur de la stratégie logistique camerounaise

Derrière la signature, l’enjeu dépasse la pose de traverses. Il s’agit d’une recomposition de la chaîne logistique nationale autour du triptyque rail, ports, mines. Le corridor Edéa–Kribi–Campo figure depuis plusieurs années dans la planification ferroviaire du pays. Dès 2021, les autorités préparaient une table ronde des bailleurs autour de deux tronçons totalisant 291,5 kilomètres : Edéa–Kribi–Campo, long de 184,5 km, et Douala–Limbé–Idénau, de 107 km. L’intitulé actuel reprend cette ambition de desserte du Sud, en y greffant la connexion à Lolabé, site adjacent au port en eau profonde.

Le futur partenariat public-privé couvrirait l’ensemble du cycle de l’ouvrage : études, financement, construction, exploitation et maintenance. Aucune décision finale d’investissement n’est cependant attendue à ce stade. Plusieurs paramètres restent ouverts, à commencer par le linéaire exact, le phasage des travaux, l’enveloppe globale, la durée de la concession et le calendrier de mise en service. Pour Yaoundé, le projet répond à une logique de désenclavement du Sud et de montée en compétitivité des corridors d’exportation. Pour AGL, déjà actif dans la logistique portuaire et ferroviaire en Afrique centrale, il s’agit de consolider une position dominante sur l’acheminement des marchandises.

Kribi, maillon stratégique de l’évacuation minière

L’intérêt économique du tracé tient à la montée en puissance du port de Kribi, seule infrastructure en eau profonde du pays. Son potentiel demeure bridé par la faiblesse de ses dessertes terrestres, qu’une liaison ferroviaire viendrait corriger. Une telle connexion renforcerait la cohérence entre la plateforme portuaire, les zones industrielles voisines et les flux destinés au marché international. Kribi pourrait alors absorber des volumes que Douala, contraint par l’estuaire du Wouri, peine à traiter dans des conditions nautiques optimales.

La présence de Camalco confère au mémorandum une dimension minière nette. La société porte le projet de bauxite de Minim Martap, dans l’Adamaoua, qualifié de gisement de classe mondiale. Canyon Resources évalue les réserves prouvées à 144 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 51,2 % en alumine et 1,7 % en silice. La ressource totale est estimée à 1,102 milliard de tonnes. Ces volumes imposent une chaîne d’évacuation robuste, intégrant mine, voie ferrée, terminaux de stockage et navires minéraliers.

Camalco verrouille la chaîne mine-to-port

À court terme, le schéma retenu par Canyon Resources reste articulé autour de Douala. Pour sécuriser ce maillon, Camalco a déboursé 9,852 milliards de FCFA afin de porter sa participation dans Camrail, concessionnaire du réseau, de 9,1 % à 26,9 %. La filiale a également investi 347,447 millions de FCFA dans Terminal Bois du Port de Douala S.A. Les préparatifs avancent en parallèle sur l’Inland Rail Facility et sur les installations portuaires. Les premières locomotives sont attendues à la fin du deuxième trimestre 2026, suivies des wagons en juillet. La première expédition de bauxite est planifiée pour la fin du troisième trimestre 2026.

Reste que les contraintes nautiques de Douala alourdissent mécaniquement les coûts unitaires sur des flux minéraliers massifs. Le corridor Edéa–Kribi–Lolabé–Campo offrirait, à moyen terme, une alternative directe vers un port en eau profonde, atténuant la dépendance au schéma actuel. Pour le Cameroun, l’équation combine désenclavement régional, valorisation des ressources naturelles et renforcement de Kribi comme hub d’exportation.

Plusieurs inconnues structurelles subsistent. Le mémorandum ne tranche ni sur le coût d’investissement, ni sur la répartition des risques entre partenaires, ni sur les impacts fonciers et environnementaux du tracé. Ces variables conditionneront l’attractivité du projet auprès des bailleurs internationaux et la solidité du modèle économique. La signature de Yaoundé acte néanmoins le retour du corridor dans l’agenda des grands chantiers structurants du pays. Selon Investir au Cameroun, elle esquisse une future architecture logistique articulant rail, ports et mines.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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