L’UDB somme la SEEG de justifier 1 000 milliards investis au Gabon

A striking view of an electrical tower silhouetted against a vibrant sunset in Mila, Algeria.Photo : Noureddine Belfethi / Pexels

La pression politique monte d’un cran sur la SEEG. Dans un communiqué qualifié de « respectueux mais ferme », l’Union démocratique des Bâtisseurs (UDB), formation du chef de l’État gabonais, somme la direction de la Société d’énergie et d’eau du Gabon de transformer en résultats concrets les moyens financiers considérables consentis par la puissance publique. Le parti évoque plus de mille milliards de FCFA mobilisés par l’État pour le secteur, sans amélioration perceptible du quotidien des usagers, qui continuent de subir délestages, coupures et pénuries d’eau dans plusieurs quartiers de Libreville et à l’intérieur du pays.

Le ton choisi tranche avec la prudence habituelle des partis au pouvoir vis-à-vis des opérateurs stratégiques. En interpellant publiquement la SEEG, l’UDB cherche à dissocier la responsabilité politique de l’exécutif de la responsabilité opérationnelle d’une entreprise dont les défaillances pèsent désormais lourdement sur le capital de confiance des autorités de la transition.

Un signal politique adressé à la direction de la SEEG

La démarche de l’UDB s’apparente à un cadrage clair. Le parti réaffirme son soutien au président de la République, tout en pointant l’écart entre les engagements financiers de l’État et la réalité du service rendu aux abonnés. Cette dissociation est stratégique. Elle vise à protéger le sommet de l’exécutif d’une usure politique provoquée par un dossier devenu hautement sensible, alors que la question de la fourniture d’électricité s’invite régulièrement dans le débat public et sur les réseaux sociaux.

Concrètement, le communiqué renvoie le management de la société à ses obligations de performance. La formation présidentielle estime que les moyens alloués depuis plusieurs mois, conjugués aux réorientations stratégiques voulues par les autorités, devraient déjà se traduire par une amélioration mesurable de la production électrique, de la distribution et de l’accès à l’eau potable. Le parti suggère implicitement que la chaîne managériale doit rendre compte, sans pouvoir continuer à invoquer indéfiniment l’héritage de la gestion antérieure.

Mille milliards de FCFA et un secteur sous tension

Le chiffre de mille milliards de FCFA, brandi par l’UDB, donne la mesure de l’effort budgétaire consenti par l’État gabonais. Cette enveloppe couvre les investissements dans les infrastructures de production, la maintenance des réseaux, l’apurement de certaines dettes du secteur et la modernisation des outils de distribution. Elle traduit une volonté politique forte de sortir le Gabon d’une crise énergétique chronique qui pénalise les ménages comme les opérateurs économiques.

Pourtant, les indicateurs visibles tardent à s’aligner sur l’ampleur de la dépense. Les délestages se sont multipliés dans plusieurs zones urbaines au cours des derniers mois, alimentant un mécontentement palpable. Pour les acteurs économiques, le coût de cette instabilité énergétique se chiffre en pertes d’exploitation, en groupes électrogènes amortis dans l’urgence et en investissements différés. Le secteur agroalimentaire, les services et la petite industrie sont particulièrement exposés à ces interruptions répétées.

L’eau potable constitue l’autre front sensible. Dans plusieurs communes, l’accès reste irrégulier, malgré les chantiers engagés. La superposition des deux dossiers, eau et électricité, sous la responsabilité d’un même opérateur, démultiplie la portée politique de chaque dysfonctionnement.

Une exigence de redevabilité pour un opérateur stratégique

En interpellant publiquement la SEEG, l’UDB inscrit le débat sur le terrain de la redevabilité. Le message adressé à la direction est limpide : les ressources existent, les orientations sont posées, il revient désormais aux équipes opérationnelles de livrer des indicateurs vérifiables. Cette pression interne au camp présidentiel pourrait préparer le terrain à des arbitrages plus structurants, qu’il s’agisse de la gouvernance de la société, du calendrier des chantiers prioritaires ou du recours à des partenaires techniques extérieurs pour accélérer la remise à niveau du réseau.

Le dossier énergétique gabonais cristallise ainsi un enjeu plus large de souveraineté opérationnelle. Les autorités jouent une part de leur crédibilité économique sur la capacité à transformer un effort budgétaire massif en kilowattheures effectivement disponibles. Pour la SEEG, l’avertissement venu du parti majoritaire vaut feuille de route implicite. Selon Gabon Review, la formation présidentielle entend désormais voir ses moyens convertis en résultats tangibles, sans nouveau délai.

Pour aller plus loin

Assala Gabon lance un appel d’offres pour la gestion de ses déchets · Le Gabon présente au Cap son plan énergétique 2026-2035 · Gabon : trois informaticiens de la SEEG arrêtés pour piratage interne

Actualité africaine

About the Author

Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

Be the first to comment on "L’UDB somme la SEEG de justifier 1 000 milliards investis au Gabon"

Laisser un commentaire