L’AFC lève 2 milliards de dollars auprès des banques asiatiques

Dramatic night view of London's skyline featuring modern skyscrapers and the historical Tower of London.Photo : Manzoni Studios / Pexels

L’Africa Finance Corporation (AFC) vient de boucler à Londres une levée de fonds de 2 milliards de dollars, marquant la plus importante opération syndiquée de son histoire. Portée majoritairement par des banques asiatiques, cette transaction confirme la montée en puissance des capitaux du Golfe et de l’Asie de l’Est dans le financement des infrastructures africaines. Pour l’institution multilatérale basée à Lagos, l’opération scelle un repositionnement stratégique de son tour de table créancier.

Une syndication record dominée par les capitaux asiatiques

Le tour de table arrangé par l’AFC traduit une bascule géographique notable. Les établissements asiatiques, en tête desquels figurent plusieurs grands noms du Golfe, de la Chine continentale et du Japon, ont concentré la majorité des engagements. Cette configuration tranche avec les précédentes syndications du financeur panafricain, historiquement plus exposées aux liquidités européennes et nord-américaines.

Le montant de 2 milliards de dollars dépasse les objectifs initiaux affichés par la direction. La sursouscription enregistrée témoigne d’un appétit soutenu pour le risque africain investment grade, alors même que les marchés émergents subissent des arbitrages défavorables depuis le resserrement monétaire amorcé en 2022. Pour Samaila Zubairu, président-directeur général de l’institution, cette validation par les bailleurs asiatiques consolide la notation de crédit obtenue ces dernières années auprès de Moody’s et S&P.

La structure retenue combine plusieurs tranches de maturité, conçues pour adosser des projets longs dans l’énergie, les transports et les industries extractives. L’AFC précise que les fonds viendront alimenter son pipeline d’investissements sur les cinq prochaines années, avec un accent particulier sur les corridors logistiques transfrontaliers et les chaînes de valeur des minéraux critiques.

L’AFC, bras armé du financement infrastructurel continental

Créée en 2007 par un groupe d’États africains et d’institutions financières privées, l’Africa Finance Corporation s’est imposée comme l’un des rares véhicules multilatéraux capables d’arranger des opérations de dette structurée à grande échelle sur le continent. Son bilan dépasse désormais 14 milliards de dollars, selon les chiffres communiqués lors de ses dernières publications financières. L’institution compte plus de quarante États membres et intervient en capital, en dette senior et en garanties.

Le portefeuille couvre des secteurs jugés prioritaires pour la transformation économique : production électrique, ports en eau profonde, raffinage, télécommunications de longue distance et logistique minière. Concrètement, l’AFC a co-financé des actifs structurants tels que le port en eau profonde de Lekki au Nigeria, plusieurs projets gaziers en Afrique de l’Ouest et des opérations dans le cuivre et le manganèse en Afrique australe et centrale.

Avec cette nouvelle levée, le financeur dispose d’une marge de manœuvre élargie pour répondre à la demande croissante d’arrangements en dollars, dans un contexte où les bailleurs multilatéraux traditionnels peinent à suivre le rythme des besoins. La Banque africaine de développement chiffre régulièrement à plus de 100 milliards de dollars annuels le déficit de financement des infrastructures sur le continent.

Un signal géoéconomique pour l’Afrique francophone et le Golfe

Au-delà du chiffre, la composition du syndicat envoie un message politique. La prééminence des banques asiatiques et moyen-orientales acte un rééquilibrage des flux financiers vers l’Afrique, accéléré par la stratégie de diversification des fonds souverains du Golfe et par l’expansion contrôlée des prêteurs chinois sur les marchés émergents. Les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et le Qatar ont multiplié ces dernières années les prises de participation dans les ports, l’énergie et les télécommunications africaines.

Pour les économies francophones, l’opération offre un canal de financement complémentaire à ceux mobilisés via l’Agence française de développement ou la Banque européenne d’investissement. Plusieurs projets dans le secteur gazier sénégalo-mauritanien, dans la logistique ivoirienne et dans l’hydroélectricité guinéenne pourraient bénéficier des marges nouvelles dégagées par cette syndication.

Reste à observer le rythme de décaissement et la capacité de l’AFC à traduire cette liquidité en projets bouclés financièrement. Les analystes du marché londonien soulignent que la rareté des dossiers bancables, davantage que la disponibilité des capitaux, constitue désormais le principal goulot d’étranglement du financement infrastructurel africain. Selon Financial Afrik, la transaction conforte le statut de l’AFC comme premier arrangeur africain de dette syndiquée en devises fortes.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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