L’AFD engage 3,3 milliards FCFA pour la filière bois en Afrique centrale

Explore a lush forest with scattered potted plants in Brazzaville, Congo, captured vividly.Photo : Daniel Ndzaba / Pexels

La filière forêt-bois d’Afrique centrale bénéficiera d’un nouveau soutien financier de 3,3 milliards de FCFA, fruit d’une convention signée le 18 juin 2026 à Yaoundé entre l’Agence française de développement (AFD) et le Réseau des institutions de formation forestière et environnementale d’Afrique centrale (RIFFEAC). Cette enveloppe de 5 millions d’euros, accordée sous forme de subvention par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, lance officiellement la deuxième phase du projet d’Appui au développement de la formation continue dans la filière forêt-bois (ADEFAC 2). Le programme s’étalera sur cinq ans et concernera désormais six États du bassin du Congo : Cameroun, Congo, Gabon, République démocratique du Congo, République centrafricaine et Guinée équatoriale.

Un dispositif régional consolidé après une première phase concluante

ADEFAC 2 prend le relais d’un premier volet déployé à partir de 2020 dans quatre pays seulement. Cette phase initiale a permis de bâtir une architecture régionale de formation continue, articulée autour des centres de formation, des entreprises forestières, des organisations professionnelles et des administrations publiques. Les chiffres communiqués par le programme attestent d’une certaine montée en puissance.

Plus de 190 formateurs ont été mobilisés, 42 modules pédagogiques élaborés et testés dans 14 institutions, et plus de 600 apprenants formés sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Le spectre des contenus couvre aussi bien l’exploitation forestière que la transformation industrielle, la gestion d’entreprise, la cartographie, la maîtrise des coûts, la conduite de pépinière ou les métiers techniques du bois. Le coordonnateur régional du RIFFEAC a indiqué que la nouvelle phase entend « consolider et capitaliser les acquis de la phase 1, élargir et diversifier l’offre de formation continue, renforcer l’ancrage institutionnel et la pérennisation du dispositif, et accroître l’adéquation formation-emploi, au bénéfice des entreprises et des économies de la sous-région ».

Transformer localement, un impératif économique pour le bassin du Congo

Au-delà du volet environnemental, ADEFAC 2 s’inscrit dans une bataille industrielle plus large. Plusieurs capitales de la sous-région ambitionnent depuis plusieurs années de réduire les exportations de grumes au profit d’un bois davantage transformé sur place. Le Gabon a ouvert la voie dès 2010 en interdisant l’export de bois brut, suivi par d’autres États soucieux de capter une part plus significative de la valeur ajoutée. Cette stratégie de montée en gamme suppose des investissements industriels lourds, mais reste vaine sans un vivier suffisant de techniciens qualifiés.

Or, les métiers évoluent rapidement. Traçabilité, certification, maintenance industrielle, conformité aux standards internationaux, gestion durable des concessions : autant d’exigences qui transforment en profondeur le profil de compétences attendu. La pression réglementaire européenne, notamment via le règlement sur la déforestation importée, ajoute une couche supplémentaire de contraintes pour les opérateurs qui exportent vers l’Union européenne. Sans personnel formé à ces nouveaux standards, les unités industrielles du bassin du Congo risquent de perdre l’accès aux marchés les plus rémunérateurs.

Un levier de compétitivité aligné sur la gestion durable des forêts

Pour l’AFD, l’opération combine donc objectifs climatiques et finalités économiques. « L’engagement collectif autour de cette initiative témoigne de son importance stratégique pour l’avenir des forêts du bassin du Congo et des populations qui en dépendent », a déclaré François Jacquier-Pélissier, directeur régional de l’AFD pour l’Afrique centrale. Le bassin du Congo, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie, concentre des enjeux de souveraineté écologique qui dépassent largement les frontières des six pays concernés.

La formation continue se profile ainsi comme un instrument discret mais décisif de compétitivité industrielle. Les bénéfices attendus se mesureront dans la productivité des scieries, la réduction des pertes de matière, la qualité des produits finis et l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Reste à transformer l’effort pédagogique en résultats tangibles pour les entreprises et les administrations forestières. À ce titre, la pérennisation institutionnelle du dispositif, évoquée par le RIFFEAC, conditionnera largement la portée réelle du programme au-delà de l’horizon 2031. Selon Investir au Cameroun, la cérémonie de signature s’est tenue en présence des partenaires techniques et institutionnels de la sous-région.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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