Retrait américain de l’OMS : le Gabon encaisse l’onde de choc sanitaire

A caring nurse assists a patient in a hospital corridor with a joyful demeanor.Photo : Wellington Tavares / Pexels

Le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), acté par décret présidentiel le 20 janvier 2025, n’a pas tardé à produire ses effets sur le continent africain. Au Gabon, pays d’Afrique centrale dont le système sanitaire dépend en partie de la coopération multilatérale, la décision de Donald Trump se traduit par une contraction brutale des moyens humains et financiers déployés par l’agence onusienne. Ce qui pouvait être perçu à Washington comme une simple inflexion doctrinale prend, à Libreville, la forme d’un choc opérationnel.

Un retrait américain aux conséquences directes sur le terrain gabonais

Les États-Unis figuraient jusqu’alors parmi les premiers contributeurs au budget de l’OMS, avec une participation jugée structurelle pour le financement des programmes africains. Leur désengagement prive l’organisation d’une part substantielle de ses ressources, contraignant le siège de Genève à revoir l’architecture de ses bureaux pays. Le bureau gabonais n’y échappe pas. Postes supprimés, contrats non renouvelés, équipes de terrain dissoutes : la mécanique de réduction touche en premier lieu les agents chargés de la surveillance épidémiologique et de l’appui aux structures hospitalières.

Concrètement, les programmes adossés à un cofinancement américain sont les plus exposés. La lutte contre le paludisme, la tuberculose, la couverture vaccinale infantile et la riposte aux maladies à potentiel épidémique reposaient sur des dispositifs hybrides où l’expertise OMS jouait un rôle de pivot. La disparition de ce pivot fragilise la chaîne de compétences que les autorités gabonaises peinent à reconstituer dans des délais courts.

Des hôpitaux de Libreville sous pression budgétaire

Dans les hôpitaux de la capitale, la traduction est immédiate. Les missions d’appui technique se raréfient, les formations continues du personnel soignant sont reportées et certains achats groupés de médicaments essentiels accusent des retards. Le ministère de la Santé doit composer avec un partenaire historique aux capacités amoindries, alors même que les indicateurs sanitaires nationaux exigent une mobilisation soutenue. La pression budgétaire qui en résulte pèse sur des établissements déjà confrontés à des tensions de trésorerie récurrentes.

Les responsables hospitaliers gabonais redoutent une fragilisation des dispositifs de veille. La surveillance des fièvres hémorragiques, sujet sensible dans le bassin du Congo, mobilisait des équipes mixtes dont la pérennité n’est plus garantie. Reste que la décision américaine intervient dans une séquence où plusieurs bailleurs internationaux réévaluent simultanément leurs engagements, ce qui amplifie l’effet d’éviction.

Quelle stratégie de souveraineté sanitaire pour Libreville

Pour les autorités de la transition, la conjoncture impose une accélération des chantiers de souveraineté sanitaire. Le gouvernement a déjà engagé un travail de rationalisation des dépenses publiques de santé et de modernisation des plateaux techniques des hôpitaux de référence. La réduction de la voilure de l’OMS dans le pays ajoute toutefois une contrainte que peu d’États africains avaient anticipée à ce niveau d’intensité.

Plusieurs pistes sont à l’étude. La diversification des partenariats, notamment vers les bailleurs du Golfe, la Chine et les fonds verticaux thématiques comme le Fonds mondial ou Gavi, figure parmi les options privilégiées. Le renforcement des capacités nationales de production pharmaceutique, longtemps évoqué dans la sous-région, redevient une priorité explicite. La Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) pourrait également servir de cadre de mutualisation, à condition que les négociations politiques aboutissent.

Le retrait américain de l’OMS rebat ainsi les équilibres de l’aide sanitaire au Gabon et, plus largement, dans l’espace francophone d’Afrique centrale. Il interroge la capacité des États à absorber un choc d’agenda décidé à Washington, sans transition ni mécanisme d’amortissement. À court terme, ce sont les patients des hôpitaux de Libreville qui mesureront le plus directement l’impact de cette recomposition diplomatique. À moyen terme, c’est l’architecture régionale de la santé publique qui se trouve mise à l’épreuve. Selon Gabon Review.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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