Cameroun : la hausse confirmée des féminicides et infanticides

View of a busy urban street during evening with vehicles and pedestrians.Photo : K / Pexels

Le Cameroun fait face à une aggravation documentée des féminicides et des infanticides, désormais reconnue par les autorités elles-mêmes. Lors d’une conférence de presse organisée le 1er juin à Yaoundé, le gouvernement a admis l’ampleur de ce qu’il qualifie de tendance haussière, dans un contexte marqué par plusieurs affaires retentissantes qui ont mobilisé l’opinion publique. La séquence intervient après des semaines de protestations portées notamment par des mères de famille de la capitale.

Une mobilisation déclenchée par plusieurs affaires sordides

Le déclic est venu de la rue. Des mères de famille ont manifesté leur colère dans plusieurs quartiers de Yaoundé après la médiatisation de cas particulièrement choquants. Celui de Joyce, élève de maternelle dont la mère affirme qu’elle a été victime d’abus sexuels, a suscité une vive indignation. Le drame de Divine, fillette de onze ans violée puis assassinée au mois de mars dans un autre secteur de la capitale, a amplifié le mouvement.

Ces affaires, loin d’être isolées, viennent s’ajouter à une série d’épisodes de violences extrêmes visant des femmes et des enfants. Le caractère sériel de ces faits a contraint l’exécutif à sortir de son silence et à prendre la parole publiquement, après plusieurs semaines d’une pression sociale et médiatique soutenue. La conférence de presse du 1er juin marque une inflexion dans la communication gouvernementale, longtemps focalisée sur d’autres priorités sécuritaires.

Des statistiques officielles qui valident l’alerte

Les données présentées par les autorités confirment ce que les associations de défense des droits des femmes documentent depuis plusieurs années. Les féminicides et infanticides progressent d’une année sur l’autre selon les statistiques officielles, sans que les pouvoirs publics aient jusqu’ici déployé un dispositif spécifique de prévention à la hauteur du phénomène. L’élargissement du périmètre de la communication gouvernementale, qui englobe désormais explicitement les féminicides, traduit une prise de conscience tardive mais réelle.

Le Cameroun rejoint ainsi un débat qui agite plusieurs capitales de la sous-région, où la qualification juridique des féminicides reste embryonnaire. Le code pénal camerounais ne dispose pas d’incrimination spécifique pour ce type d’homicide, et les violences sexuelles sur mineurs continuent de se heurter à des obstacles procéduraux récurrents, qu’il s’agisse de la collecte des preuves, du suivi médical des victimes ou de la durée des instructions judiciaires.

Un enjeu de politique publique pour Yaoundé

Au-delà de l’émotion, la question posée aux autorités est celle de l’efficacité des dispositifs existants. Les chaînes de signalement, l’accompagnement psychologique des familles, la formation des forces de l’ordre à l’accueil des plaignantes et la coordination entre parquets, services sociaux et hôpitaux figurent parmi les chantiers cités par les organisations de la société civile. Le ministère de la Promotion de la femme et de la famille, qui pilote une partie de ces politiques, est attendu sur des résultats tangibles.

La conférence du 1er juin n’a pas annoncé de plan détaillé, mais elle a acté la gravité du diagnostic. Les associations féministes camerounaises réclament la mise en place d’un observatoire national des féminicides, à l’image de structures existantes dans plusieurs pays d’Amérique latine et d’Europe, afin de disposer d’un comptage indépendant et public. Plusieurs voix demandent également la création d’unités de police spécialisées dans les violences faites aux femmes et aux enfants, sur le modèle de ce qui existe au Sénégal ou en Côte d’Ivoire.

Reste la dimension politique du dossier. Dans un pays où la cohésion sociale est éprouvée par les crises sécuritaires dans le Nord-Ouest, le Sud-Ouest et l’Extrême-Nord, la montée des violences intrafamiliales et sexuelles ajoute une fracture supplémentaire. L’arbitrage budgétaire qui suivra la prise de parole gouvernementale dira si la reconnaissance de la « funeste tendance haussière » se traduit par des moyens nouveaux ou si elle restera cantonnée au registre déclaratif. Selon RFI Afrique, les chiffres officiels eux-mêmes ne laissent désormais plus de place au déni.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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