L’ICIEC monte au créneau pour l’un des plus ambitieux projets routiers d’Afrique de l’Ouest. L’assureur multilatéral, bras de l’assurance-crédit du groupe de la Banque islamique de développement (BID), apporte une couverture de 626 millions de dollars au profit de l’autoroute Lagos-Calabar, axe stratégique de 700 kilomètres qui doit relier la mégapole économique du Nigeria à la capitale de l’État de Cross River, en longeant le golfe de Guinée. La garantie vise à sécuriser les capitaux mobilisés pour un chantier que l’administration du président Bola Tinubu a érigé en vitrine de son agenda d’infrastructures.
Une garantie multilatérale pour dérisquer un chantier de 700 kilomètres
L’intervention de l’ICIEC s’inscrit dans la logique du dérisquage qui structure désormais le financement des grandes infrastructures africaines. En offrant une police de couverture aux prêteurs et investisseurs exposés au risque souverain et commercial nigérian, l’institution basée à Djeddah ouvre la voie à une mobilisation de capitaux privés et institutionnels qui, sans cette assurance, hésiteraient à s’engager sur un horizon long et un environnement macroéconomique volatil. Le montant garanti, 626 millions de dollars, place l’opération parmi les plus importantes signées par l’assureur islamique sur le continent ces dernières années.
Le mécanisme répond à une équation devenue classique : les bailleurs traditionnels et les fonds souverains exigent une protection contre les défauts de paiement, les ruptures contractuelles ou les chocs politiques. L’ICIEC, notée parmi les meilleures signatures du secteur, joue le rôle de rehausseur. Son intervention rassure également les exportateurs d’équipements et de services techniques mobilisés pour le chantier, qu’il s’agisse de fournisseurs d’engins, de cimentiers ou d’ingénieristes spécialisés dans les ouvrages d’art côtiers.
Lagos-Calabar, colonne vertébrale du littoral nigérian
L’autoroute côtière constitue l’un des projets phares du second mandat de l’État fédéral. Conçue pour traverser neuf États du sud nigérian, dont Lagos, Ogun, Ondo, Edo, Delta, Bayelsa, Rivers, Akwa Ibom et Cross River, elle ambitionne de désenclaver des zones de production pétrolière, agricole et halieutique restées à l’écart du réseau routier moderne. Le ministère fédéral des Travaux publics, dirigé par Dave Umahi, a confié la maîtrise d’œuvre au groupe Hitech Construction, opérateur de référence pour les grands chantiers nationaux.
Le tracé, qui contourne les zones humides du delta du Niger, mobilise des techniques d’ingénierie lourdes : viaducs, ponts sur estuaires, remblais sur sols meubles. Au-delà de la fluidification du trafic, Abuja attend de cet axe un effet structurant sur les chaînes logistiques, notamment pour les exportations agricoles et la desserte des terminaux portuaires de Lekki et de Calabar. Le port en eau profonde de Lekki, opérationnel depuis 2023, doit en particulier bénéficier d’un débouché terrestre fluide vers l’arrière-pays oriental.
Un signal pour la coopération financière islamique en Afrique
L’engagement de l’ICIEC traduit l’approfondissement des liens entre les institutions de la finance islamique et les grands émetteurs souverains du continent. Le Nigeria, qui a déjà émis plusieurs sukuk domestiques pour financer ses programmes routiers, consolide ainsi sa relation avec l’écosystème de Djeddah. La BID et ses filiales spécialisées multiplient depuis trois ans les opérations de couverture et de cofinancement sur les corridors africains, dans une logique de diversification face aux bailleurs traditionnels que sont la Banque mondiale, la BAD ou les agences européennes.
Pour les investisseurs internationaux observant le Nigeria, le message est double. D’une part, l’exécutif fédéral parvient encore à attirer des garanties multilatérales malgré les tensions sur le naira et la persistance d’un déficit budgétaire élevé. D’autre part, la finance conforme à la charia s’impose comme un canal complémentaire crédible pour les infrastructures lourdes, alors que les ressources concessionnelles traditionnelles se raréfient. Reste à voir si la couverture annoncée se traduira par un décaissement effectif des tranches de financement attendues, condition d’un avancement physique conforme au calendrier officiel, qui prévoit une livraison séquencée par sections.
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