Madagascar traverse une nouvelle séquence d’attaques visant les personnes atteintes d’albinisme, phénomène qui a provoqué l’arrestation d’une dizaine de suspects ces dernières semaines. Sur la Grande Île, ces crimes ne relèvent pas du fait divers isolé : ils s’inscrivent dans un continuum de violences alimentées par des superstitions persistantes, qui prêtent aux porteurs de cette particularité génétique des vertus mystiques. Pour les avocats mobilisés aux côtés des victimes, l’ampleur du phénomène impose désormais une réponse publique d’une autre nature que la seule réaction judiciaire.
Une minorité ciblée par des croyances tenaces
L’albinisme, trouble génétique caractérisé par l’absence de pigmentation de la peau, des cheveux et des yeux, expose ceux qui en sont porteurs à des risques sanitaires majeurs, à commencer par les cancers cutanés. À Madagascar comme dans plusieurs États d’Afrique australe et orientale, s’y ajoute un péril autrement plus brutal : la conviction, ancrée dans certaines communautés, que les ossements, les cheveux ou divers fragments corporels d’une personne albinos détiendraient des pouvoirs occultes, capables d’attirer la richesse ou la chance. Cette croyance nourrit un marché clandestin macabre, dont les conséquences se mesurent en enlèvements, mutilations et assassinats.
Les récentes attaques signalées dans l’île reproduisent un schéma déjà documenté par les organisations de défense des droits humains. Des personnes vulnérables, souvent isolées dans des zones rurales, sont prises pour cibles par des groupes organisés. La dizaine d’interpellations annoncée par les autorités malgaches témoigne d’une volonté d’agir, mais elle illustre aussi la persistance d’un phénomène que les seules poursuites pénales peinent à endiguer.
Un appareil de protection jugé insuffisant
Les avocats qui défendent les victimes pointent les limites du dispositif existant. Au-delà de l’arsenal répressif, la prévention reste le maillon faible. Les associations réclament une campagne de sensibilisation d’envergure nationale, destinée à déconstruire méthodiquement les mythes attribuant aux albinos des propriétés surnaturelles. L’enjeu dépasse la simple pédagogie : il s’agit de neutraliser l’écosystème culturel qui rend ces crimes pensables, voire valorisés dans certains cercles. Tant que la demande supposée pour ces pratiques perdurera, l’offre criminelle suivra.
La société civile malgache insiste également sur la nécessité d’inscrire l’albinisme dans une politique de santé publique cohérente. L’accès à la protection solaire, aux soins dermatologiques et au dépistage précoce des cancers de la peau demeure très inégal sur le territoire. À ce déficit sanitaire s’ajoute une marginalisation sociale qui complique la scolarisation des enfants concernés et leur insertion professionnelle ultérieure. Les violences criminelles ne sont, en ce sens, que la pointe émergée d’un édifice de discriminations.
Une question régionale qui appelle une réponse coordonnée
Madagascar n’est pas isolée face à ce défi. La Tanzanie, le Malawi et le Mozambique ont connu, au cours de la dernière décennie, des vagues similaires d’attaques ayant suscité l’attention des Nations unies. Un expert indépendant sur la jouissance des droits humains par les personnes atteintes d’albinisme avait été nommé en 2015 par le Conseil des droits de l’homme, signe que le sujet a quitté le strict cadre national pour devenir une préoccupation internationale. Les bonnes pratiques élaborées dans la région — refuges sécurisés, brigades spécialisées, programmes de sensibilisation scolaire — offrent à Antananarivo des références utiles, à condition d’être adaptées au contexte local.
Reste la question des moyens. Mener une campagne de sensibilisation d’ampleur, former les forces de l’ordre, équiper les zones rurales en dispositifs d’alerte et financer la prise en charge sanitaire des personnes albinos suppose un engagement budgétaire que l’État malgache devra arbitrer dans un contexte économique contraint. La pression de la société civile et l’attention médiatique suscitée par cette nouvelle série d’attaques pourraient toutefois accélérer la mobilisation des partenaires techniques et financiers. La crédibilité de la réponse publique se jouera dans les prochains mois, à mesure que les procédures judiciaires en cours livreront leurs premiers verdicts.
Selon RFI Afrique, les défenseurs des droits des personnes albinos plaident désormais pour qu’une grande campagne nationale de sensibilisation accompagne la réponse judiciaire engagée par les autorités.
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