L’accord migratoire conclu entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis suscite davantage de questions que de réponses. Officialisé le 5 avril par les autorités congolaises, le dispositif prévoyait l’accueil à Kinshasa de personnes éloignées du territoire américain à l’issue de procédures d’expulsion. Le 17 avril, un premier vol déposait quinze migrants dans la capitale. Deux mois plus tard, le bilan tient en une ligne : un seul Colombien se trouve encore sur le sol congolais.
Un dispositif annoncé en fanfare, une mise en œuvre minimaliste
L’annonce avait pris de court une partie des observateurs régionaux. En se positionnant comme pays tiers d’accueil pour des migrants non congolais expulsés par l’administration américaine, Kinshasa rejoignait un cercle restreint d’États africains sollicités par Washington pour absorber une partie de la pression migratoire pesant sur le système d’éloignement étatsunien. Le précédent rwandais, ainsi que les discussions menées avec d’autres capitales du continent, donnaient à l’accord congolais une dimension politique évidente.
Sur le plan opérationnel, l’exécution est restée discrète. Des quinze personnes débarquées mi-avril, l’écrasante majorité a depuis quitté la RDC, soit par retour vers leur pays d’origine, soit par réacheminement vers d’autres destinations. Le maintien d’un unique ressortissant colombien à Kinshasa illustre le caractère ponctuel, voire expérimental, du dispositif. Aucun nouveau vol de transfert n’a été annoncé publiquement depuis le premier convoi.
La question persistante de la contrepartie
Le silence des autorités congolaises sur les termes précis de l’accord nourrit les interrogations. La diplomatie congolaise n’a jamais formellement détaillé ce que Kinshasa retire de cet engagement, qu’il s’agisse d’un soutien financier direct, d’un appui logistique, d’un volet sécuritaire ou d’un avantage diplomatique adossé à d’autres dossiers bilatéraux. Or la séquence intervient dans un contexte où la RDC cherche à consolider ses relations avec Washington, notamment autour de la question des minerais stratégiques et de la situation sécuritaire dans l’est du pays.
Plusieurs hypothèses circulent dans les milieux diplomatiques. La première consisterait en un échange de bons procédés s’inscrivant dans une relation bilatérale plus large, sans contrepartie chiffrée. La seconde renverrait à des engagements américains sur le terrain sécuritaire, alors que les forces armées congolaises affrontent des groupes armés dans le Nord-Kivu et l’Ituri. Aucune de ces pistes n’a, à ce jour, fait l’objet d’une confirmation officielle de part et d’autre.
Un précédent observé par les capitales africaines
Au-delà du cas congolais, l’opération est scrutée par d’autres gouvernements du continent. Le recours à des pays tiers pour l’éloignement de migrants constitue désormais un outil structurant de la politique migratoire américaine, et chaque accord conclu fait jurisprudence dans la manière dont les États africains négocient leur place dans ce nouveau marché diplomatique. La modestie du flux observé à Kinshasa interroge sur la viabilité d’un mécanisme appelé, dans les intentions affichées, à monter en charge.
Pour les partenaires de la RDC, la question de la suite est centrale. Le dispositif sera-t-il pérennisé par de nouveaux convois, ou restera-t-il cantonné à cette première expérimentation de quinze personnes ? La réponse engagera la crédibilité de l’accord, mais aussi celle de la signature congolaise auprès de Washington. À ce stade, aucun calendrier n’a été communiqué, ni par les autorités congolaises ni par le département d’État américain.
La situation administrative du Colombien encore présent à Kinshasa demeure également opaque. Statut juridique, conditions de séjour, perspectives de réinstallation : autant de paramètres qui dessineront le précédent congolais en matière d’accueil de migrants éloignés par un pays tiers. La gestion de ce cas individuel servira, en creux, de test grandeur nature pour un mécanisme dont les contours restent à préciser. Selon RFI Afrique.
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