Le président libanais Joseph Aoun a profité de la commémoration de la Journée de la libération et de la résistance, célébrée chaque 25 mai au Liban, pour réaffirmer son option diplomatique face à Israël. Dans un message adressé à la nation, le chef de l’État a présenté la négociation avec l’État hébreu comme la voie privilégiée pour parvenir au retrait des troupes israéliennes encore présentes sur plusieurs positions du Sud-Liban. Cette posture tranche avec la grammaire politique dominante de ces deux dernières décennies, structurée autour de la confrontation armée portée par le Hezbollah.
Un anniversaire chargé de symboles à Beyrouth
La date du 25 mai marque, depuis l’an 2000, le retrait israélien d’une large bande du Sud-Liban après vingt-deux ans d’occupation. Elle est traditionnellement célébrée par le Hezbollah comme la consécration de sa stratégie de résistance armée. En choisissant cette journée pour défendre la primauté du canal diplomatique, Joseph Aoun envoie un signal politique fort. L’ancien commandant en chef de l’armée libanaise, élu à la présidence en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance, entend imposer un nouveau cadre de lecture à la souveraineté nationale.
Selon le chef de l’État, l’objectif demeure inchangé : libérer chaque parcelle du territoire libanais encore sous contrôle israélien. Les moyens, en revanche, évoluent. Aoun privilégie désormais les leviers offerts par le droit international, l’appui des partenaires étrangers du Liban et le mécanisme de cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 sous l’égide des États-Unis et de la France. Ce dispositif a mis un terme à plus d’un an d’affrontements ouverts entre Israël et le Hezbollah, déclenchés dans la foulée de la guerre de Gaza.
Une inflexion doctrinale assumée
Le discours présidentiel acte une réorientation de la politique étrangère libanaise. Beyrouth mise sur la pression internationale pour contraindre Israël à évacuer les cinq positions stratégiques qu’il conserve dans la zone frontalière, en violation des termes de l’accord de novembre. Le président libanais inscrit cette démarche dans la continuité de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006, qui prévoit le déploiement exclusif des forces armées libanaises et de la Finul au sud du Litani.
Cette ligne suscite des réactions contrastées au sein de la classe politique. Pour ses partisans, elle traduit le retour de l’État libanais dans sa fonction régalienne après des années d’effacement face à la puissance militaire du Hezbollah. Pour ses détracteurs, dont une partie de l’axe pro-iranien, elle revient à céder un capital de dissuasion durement acquis. Reste que le rapport de forces régional, profondément modifié par l’affaiblissement militaire du Hezbollah et la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie en décembre 2024, laisse une marge de manœuvre étroite à toute option non diplomatique.
Un test de crédibilité pour l’État libanais
L’enjeu dépasse la seule question territoriale. En endossant publiquement la négociation, Joseph Aoun engage la crédibilité de l’État libanais auprès de ses bailleurs internationaux. Les pays du Golfe, les capitales européennes et Washington conditionnent leur soutien financier à la reconstruction du Sud-Liban et au redressement économique du pays à des gages de stabilité politique et à un monopole effectif de la force armée par les institutions officielles. Le président y voit un effet de levier pour relancer l’aide internationale, gelée depuis la crise financière de 2019.
La séquence diplomatique à venir s’annonce délicate. Israël maintient une posture militaire offensive dans la zone frontalière et conduit régulièrement des frappes ciblées contre des cadres présumés du Hezbollah, au mépris du cessez-le-feu. Beyrouth devra démontrer que la voie négociée produit des résultats tangibles sur le terrain pour conforter la légitimité de cette nouvelle orientation présidentielle. À défaut, la doctrine Aoun risquerait de se heurter aux mêmes impasses que les tentatives passées de règlement par le droit.
Selon Al Akhbar.
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