Le deuxième corridor de transport de l’électricité produite par la centrale de Nachtigal cristallise les tensions du secteur énergétique camerounais. Lors d’une inspection menée le 7 octobre 2026, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Gaston Eloundou Essomba, a fixé une nouvelle échéance aux entreprises intervenant sur les chantiers : novembre 2026. Une consigne qui succède à plusieurs reports, après une première exigence de mise sous tension initialement calée sur juin.
La centrale, dont les sept groupes de 60 MW tournent à plein régime depuis mars 2025, affiche une puissance installée de 420 MW et a déjà injecté plus de 4 TWh dans le réseau national. Mais sans infrastructures de transport dimensionnées, cette production ne peut pleinement irriguer la demande, concentrée dans le Littoral. La Société nationale de transport de l’électricité (SONATREL), gestionnaire du réseau haute tension, n’a pas aligné son calendrier sur celui du producteur.
Une ligne 400 kV stratégique pour désenclaver Douala
Le chantier phare porte sur la ligne 400 kV Nyom 2–Nkolkoumou–Edéa, longue de plusieurs centaines de kilomètres et comptant 397 pylônes. Conçue pour offrir une capacité de transit de 1 500 MW entre Yaoundé et le Littoral, elle doit devenir la colonne vertébrale de l’acheminement de l’hydroélectricité vers la capitale économique. Au poste d’Edéa-Béon, le taux d’exécution atteint 95 %, mais la livraison tardive d’un câble principal a conduit à repousser la mise en service au 15 novembre 2026. « On ne peut pas dépasser novembre », a averti le ministre sur le site.
Dans son document de restructuration du Projet de transport d’électricité et de réforme du secteur (P152755), daté du 30 juin 2025, la Banque mondiale confirme que la demande industrielle supplémentaire mobilisable à Douala, évaluée à plus de 150 MW, dépend directement de l’arrivée du courant de Nachtigal via cette ligne 400 kV. Le ministère de l’Eau et de l’Énergie chiffre à environ 4 milliards de FCFA par mois les recettes commerciales attendues de ces consommations nouvelles, soit près de 48 milliards de FCFA sur une année pleine, selon un calcul extrapolé.
Reste que ces montants, prévisionnels, reposent sur des hypothèses de tarification et de consommation non détaillées. Dans l’intervalle, le Littoral continue de recourir à des centrales thermiques plus onéreuses pour combler ses besoins, alors même qu’une production hydraulique moins chère reste bridée par les limites du réseau. Le bailleur multilatéral a documenté des restrictions de consommation imposées par ce goulot d’étranglement.
Expropriations, marchés publics et contraintes de terrain
Les causes des reports successifs sont connues. La Banque mondiale pointait, dès juin 2025, la lenteur des procédures de passation des marchés, les délais d’expropriation et les difficultés d’indemnisation des populations affectées par le tracé. Au 5 mai 2025, 195 réclamations demeuraient actives dans le mécanisme de gestion des plaintes du projet. S’y ajoutent des surcoûts, des réclamations foncières et des aléas techniques recensés sur plusieurs tronçons.
Sur la liaison Edéa-Béon–Piti-Dibamba, les équipes évoquent des difficultés d’accès en saison des pluies et un déficit d’engins de levage. Ces contraintes avaient déjà poussé le bailleur à prolonger d’un an la date de clôture du projet, repoussée du 30 juin 2025 au 30 juin 2026. Interrogés sur les causes des nouveaux retards, les responsables du ministère et de la SONATREL n’ont pas apporté de précisions.
Un calendrier financier sous pression
En juin 2026, la Banque mondiale a débloqué un financement additionnel de 50 millions de dollars, assorti d’une nouvelle date de clôture fixée au 30 novembre 2026. Ce horizon, situé quelques semaines après les livraisons désormais annoncées, resserre considérablement la fenêtre d’exécution des opérations encore couvertes par le programme. La réception définitive des chantiers ne coïncide pas nécessairement avec cette échéance budgétaire.
Le deuxième corridor ne se limite pas aux ouvrages financés par le P152755. La liaison 225 kV Edéa-Béon–Piti-Dibamba relève du Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad (PIRECT), appuyé par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Au-delà de la satisfaction du marché intérieur, l’enjeu touche à l’intégration énergétique régionale et à la future exportation d’électricité vers N’Djamena. Diversifier les voies d’évacuation de Nachtigal, aujourd’hui dépendante de la seule ligne 225 kV Nyom 2–Oyomabang, conditionne la monétisation effective des 420 MW installés. Selon Investir au Cameroun.
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