Orange et New World TV scellent un accord de diffusion pour le Mondial 2026

A cameraman filming a soccer match in a stadium, capturing the action on video.Photo : Aslam Jawaid / Pexels

À six mois du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, le marché africain de la diffusion sportive connaît une nouvelle accélération. Orange et le groupe togolais New World TV viennent de sceller un partenariat renforcé visant à proposer l’intégralité des rencontres du tournoi dans plusieurs pays d’Afrique francophone. L’accord, présenté comme stratégique pour les deux acteurs, illustre la convergence accrue entre opérateurs télécoms et éditeurs de contenus audiovisuels sur le continent.

Orange et New World TV consolident un écosystème de diffusion panafricain

La filiale africaine du groupe français et le diffuseur togolais ne sont pas des inconnus l’un pour l’autre. Leur collaboration s’était déjà manifestée lors de précédents événements sportifs majeurs, notamment autour des compétitions continentales. Cette fois, l’enjeu se déplace sur le terrain du plus important rendez-vous sportif planétaire, avec une grille élargie à 48 équipes et 104 matchs à retransmettre sur près d’un mois.

Pour Orange, qui revendique plus de 150 millions de clients sur le continent, l’opération consolide une stratégie engagée depuis plusieurs années autour des contenus exclusifs. L’opérateur cherche à transformer ses abonnés mobiles et fibre en consommateurs réguliers de services à valeur ajoutée, qu’il s’agisse de vidéo à la demande, de streaming musical ou de retransmissions sportives. Le sport reste l’un des rares contenus capables de générer simultanément des pics d’audience et un attachement durable à la marque.

New World TV, de son côté, a construit en quelques années une position singulière depuis Lomé. Le groupe togolais a multiplié les acquisitions de droits sportifs sur le continent, déjouant les pronostics qui faisaient des chaînes du Golfe ou des grands réseaux français les acteurs incontournables du segment. Sa percée traduit aussi l’émergence d’une industrie audiovisuelle ouest-africaine capable de rivaliser sur des actifs premium.

Un Mondial 2026 stratégique pour le marché audiovisuel africain

L’enjeu économique dépasse la seule monétisation publicitaire. Les opérateurs télécoms africains font face à une pression croissante sur leurs revenus voix et SMS, érodés par les applications de messagerie. La diversification vers les services numériques, et particulièrement le divertissement, constitue désormais un relais de croissance prioritaire. Sur ce terrain, l’exclusivité ou la semi-exclusivité de contenus sportifs majeurs joue un rôle d’aimant commercial difficilement substituable.

Le partenariat couvre plusieurs pays d’Afrique francophone, zone où Orange dispose d’une empreinte historique forte, du Sénégal à la République démocratique du Congo en passant par la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso ou le Cameroun. Cette géographie correspond également à celle où New World TV a méthodiquement étendu sa distribution ces dernières saisons, via des accords avec des bouquets satellitaires et des plateformes de streaming.

Concrètement, l’accord doit permettre aux abonnés concernés d’accéder à la totalité des matchs du tournoi, qu’il s’agisse des phases de groupes ou des rencontres à élimination directe. Les modalités précises de distribution, les éventuelles offres groupées avec les forfaits mobiles ou les packs internet, ainsi que la grille tarifaire restent à préciser pays par pays. Reste que la logique d’ensemble est claire : capter une audience massive à un moment où la concurrence des plateformes mondiales s’intensifie.

Souveraineté des contenus et bataille pour les droits sportifs

Au-delà de l’événement, l’opération pose la question de la souveraineté audiovisuelle sur le continent. Pendant longtemps, les droits de diffusion des compétitions internationales transitaient quasi exclusivement par des intermédiaires extra-africains. L’irruption d’un acteur comme New World TV, adossé à un opérateur du calibre d’Orange, esquisse une recomposition de la chaîne de valeur, avec davantage de captation locale.

Pour les annonceurs, particulièrement les acteurs des télécoms, de la fintech et de la grande consommation, le Mondial 2026 représente une vitrine sans équivalent. Les audiences cumulées attendues sur l’Afrique francophone se chiffrent en dizaines de millions de téléspectateurs, sur des marchés où la pénétration du football comme premier divertissement populaire ne se dément pas. Le calendrier nord-américain, avec des horaires de diffusion en soirée africaine, devrait favoriser un fort engagement.

L’accord scellé par les deux groupes intervient également dans un contexte où la régulation des médias audiovisuels se durcit dans plusieurs États de la sous-région. Les autorités locales surveillent de près les conditions d’accès aux contenus universels et les pratiques tarifaires des distributeurs. Selon RFI Afrique, le partenariat doit permettre la diffusion intégrale de la compétition dans plusieurs marchés d’Afrique francophone.

Pour aller plus loin

Expresso s’engage aux côtés de Dakar pour la souveraineté numérique · Cameroun : Motaze somme MTN et Orange de bloquer les téléphones non dédouanés · Fraude aux SMS internationaux : cinq Pakistanais arrêtés à Dakar

Actualité africaine

About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

Be the first to comment on "Orange et New World TV scellent un accord de diffusion pour le Mondial 2026"

Laisser un commentaire