La Tunisie valide un prêt de 500 millions de dollars d’Afreximbank

Urban rooftops with satellite dishes beneath a towering minaret in Tunis, Tunisia.Photo : Mahmoud Yahyaoui / Pexels

Le prêt de 500 millions de dollars accordé à la Tunisie par la Banque africaine d’import-export (Afreximbank) a franchi sa dernière étape administrative. Le texte d’approbation a été publié au Journal officiel de la République tunisienne (JORT) le 8 juin 2026, après le feu vert du conseil d’administration de la Banque centrale de Tunisie (BCT) délivré le 18 mars précédent. Ce calendrier traduit une procédure d’instruction de près de trois mois entre l’aval monétaire et la formalisation présidentielle, signe d’un dossier négocié de longue date avec l’institution panafricaine basée au Caire.

Un appui direct à la loi de finances 2026

Le concours d’Afreximbank doit alimenter directement les caisses du Trésor tunisien. Selon les termes communiqués, les fonds serviront à couvrir les besoins de financement de l’État et à soutenir l’équilibre budgétaire prévu par la loi de finances 2026. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un prêt projet fléché vers une infrastructure ou un secteur précis, mais d’un appui budgétaire général, format prisé par les autorités tunisiennes ces dernières années pour faire face aux tensions sur la liquidité publique.

Cette orientation rejoint la stratégie de diversification des sources de financement déployée par Tunis. Privée depuis 2020 de l’accès aux marchés obligataires internationaux dans des conditions favorables, et confrontée à un dialogue laborieux avec le Fonds monétaire international (FMI), la Tunisie multiplie depuis deux ans les guichets alternatifs. Les banques régionales arabes, les institutions du Golfe et désormais Afreximbank occupent une place croissante dans son architecture de dette extérieure.

Afreximbank, partenaire montant de Tunis

L’établissement dirigé par Benedict Oramah n’en est pas à sa première intervention en Tunisie. La banque panafricaine, dont le pays est membre, avait déjà mobilisé plusieurs facilités au profit de l’État et d’entreprises publiques tunisiennes, notamment pour soutenir les importations stratégiques de céréales et de produits énergétiques. Le nouveau concours porte la signature d’Afreximbank à un niveau inédit pour un appui budgétaire direct à un État d’Afrique du Nord.

Cette montée en puissance s’inscrit dans la doctrine défendue par l’institution : se substituer partiellement aux bailleurs traditionnels lorsque les pays membres traversent des phases de stress de liquidité. Le modèle économique d’Afreximbank, adossé à des ressources levées sur les marchés internationaux et à des garanties souveraines, lui permet de proposer des maturités et des conditions souvent jugées plus souples que celles des marchés obligataires classiques. Reste que le coût de ces ressources, indexé sur la courbe de financement de la banque, demeure sensiblement supérieur à celui des concours concessionnels du FMI ou de la Banque mondiale.

Une équation budgétaire toujours serrée

Le contexte macroéconomique tunisien explique l’urgence de cette mobilisation. Le service de la dette extérieure absorbe une part croissante des recettes publiques, et les besoins bruts de financement de l’État pour 2026 ont été calibrés à un niveau qui exige la combinaison de plusieurs sources, internes comme externes. Le recours au financement monétaire intérieur, longtemps tabou, a déjà été activé à plusieurs reprises depuis 2024 par la BCT, suscitant les réserves des économistes sur les risques inflationnistes induits.

Dans ce cadre, l’enveloppe d’Afreximbank apporte une bouffée d’oxygène en devises, à un moment où les réserves de change demeurent sous surveillance. Concrètement, l’opération soulage la pression sur le dinar et offre au gouvernement une marge de manœuvre pour honorer ses échéances extérieures à court terme, dont plusieurs tombées d’eurobonds restent à couvrir d’ici la fin de l’exercice.

Au-delà du soulagement immédiat, ce prêt confirme la place qu’occupe désormais l’intégration financière intra-africaine dans la stratégie de souveraineté économique défendue par Tunis. Les autorités présentent les partenariats avec des institutions du continent comme un levier de réduction de la dépendance aux conditionnalités occidentales. Cette lecture reste néanmoins à nuancer : les ressources mobilisées par Afreximbank sont elles-mêmes levées en grande partie auprès des marchés financiers globaux, et leur soutenabilité dépendra de la capacité du Trésor tunisien à reconstituer, à moyen terme, des marges de manœuvre durables. Selon Financial Afrik, la procédure d’approbation s’est conclue par la publication du décret présidentiel le 8 juin 2026.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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