Le chantier de la souveraineté numérique au Sénégal vient d’enregistrer un ralliement de poids. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu au Palais le propriétaire de l’opérateur Expresso, troisième acteur du marché national des télécommunications. À l’issue de l’audience, la direction du groupe a publiquement endossé les orientations du New Deal technologique, programme phare de l’exécutif sénégalais pour reprendre la main sur les infrastructures critiques et les données stratégiques du pays.
Le signal est politique autant qu’industriel. Depuis son arrivée aux affaires, le tandem Diomaye Faye–Ousmane Sonko a fait de la souveraineté numérique l’un des axes structurants de sa politique économique. La démarche vise à réduire la dépendance du Sénégal aux infrastructures étrangères, à muscler les capacités locales de traitement de données et à arrimer les opérateurs privés à une vision industrielle pilotée par l’État. L’adhésion d’un troisième opérateur, longtemps perçu comme l’outsider du marché face à Sonatel et Free, conforte cette dynamique.
Expresso, un opérateur sous pression sur le marché sénégalais
Filiale du groupe soudanais Sudatel, Expresso est implanté au Sénégal depuis 2009. L’opérateur opère sous licence globale et revendique une présence sur l’ensemble du territoire, mais ses parts de marché demeurent nettement inférieures à celles de Sonatel, filiale d’Orange, et de Free, repris par Axian. La concurrence s’est intensifiée avec le déploiement de la 4G+ et les premiers jalons posés pour la 5G, dans un environnement régulé par l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP).
Dans ce contexte, l’alignement public sur la stratégie de l’État revêt une dimension défensive autant qu’offensive. Pour le groupe Sudatel, afficher une convergence avec les priorités de Dakar peut faciliter l’accès aux futurs marchés publics, sécuriser le renouvellement des autorisations et pondérer les exigences réglementaires à venir. Le pouvoir, de son côté, gagne un allié supplémentaire pour pousser ses arbitrages sectoriels, notamment sur le partage d’infrastructures, l’hébergement local des données et l’investissement dans la fibre optique.
Le New Deal technologique, colonne vertébrale de la stratégie de Diomaye Faye
Le New Deal technologique constitue le cadre de référence dévoilé par le gouvernement sénégalais pour structurer la transformation numérique du pays. Il articule plusieurs volets : montée en puissance des centres de données nationaux, déploiement accéléré du très haut débit, développement d’une filière locale de services numériques, renforcement de la cybersécurité et formation de talents. L’objectif affiché par l’exécutif est de positionner le Sénégal comme un hub numérique régional en Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur des partenariats public-privé encadrés.
Concrètement, les autorités attendent des opérateurs un effort d’investissement soutenu dans les zones encore mal couvertes, une contribution à la localisation des données sur le sol national et un appui aux start-up de la GovTech. L’État entend également revoir certains contrats hérités, renégocier les modalités d’attribution du spectre et conditionner les nouvelles licences à des engagements précis en matière de souveraineté. Le ralliement d’Expresso s’inscrit dans cette grille de lecture.
Une diplomatie économique tournée vers Khartoum
L’audience accordée au propriétaire d’Expresso illustre aussi un volet diplomatique souvent sous-estimé. Sudatel est un acteur majeur des télécoms au Soudan et dispose d’intérêts dans plusieurs pays africains. Les échanges avec la présidence sénégalaise dépassent donc le seul cadre d’une visite de courtoisie : ils dessinent les contours d’un partenariat capitalistique et industriel entre Dakar et un opérateur du Sahel oriental, à un moment où le Sénégal cherche à diversifier ses alliances technologiques au-delà des partenaires européens et chinois traditionnels.
Reste à mesurer la traduction opérationnelle de cet engagement. Les autorités sénégalaises attendent des actes : montée des investissements, recrutements locaux, contribution à la fiscalité numérique et participation aux projets structurants. La capacité d’Expresso à tenir ce rythme sera scrutée par le régulateur comme par les concurrents, dans un marché où les marges se resserrent et où la pression sur la qualité de service ne cesse de croître. Selon PressAfrik, l’opérateur a confirmé son engagement à accompagner la vision du chef de l’État.
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