Le dîner de travail organisé le 3 novembre 2026 à l’Élysée entre Alassane Ouattara et Emmanuel Macron a duré près de deux heures. Un format resserré, sans faste protocolaire excessif, qui traduit l’intensité d’un dialogue bilatéral désormais structurant pour la politique africaine de la France. Les relations bilatérales Côte d’Ivoire-France et l’actualité internationale ont nourri la conversation, selon le format retenu par les deux délégations.
Un pivot ouest-africain pour une France en repli au Sahel
Le contexte régional confère à ce tête-à-tête une résonance particulière. Depuis les ruptures consommées avec Bamako en 2022, Ouagadougou en 2023 et Niamey à la suite du coup d’État de juillet 2023, la France a vu son dispositif militaire démantelé au cœur du Sahel. L’opération Barkhane, officiellement close en novembre 2022, a laissé place à une présence réduite et contestée, tandis que les trois capitales sahéliennes ont scellé en septembre 2023 la création de l’Alliance des États du Sahel, actant une rupture durable avec Paris.
Dans cette géographie recomposée, la Côte d’Ivoire occupe une position singulière. Abidjan demeure l’une des rares capitales de l’espace francophone ouest-africain à entretenir une coopération de défense assumée avec la France, notamment via la présence du 43e Bataillon d’infanterie de marine à Port-Bouët. Le pays abrite également le siège de la Banque africaine de développement et s’impose comme la première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), avec un produit intérieur brut estimé à plus de 80 milliards de dollars en 2024 par le Fonds monétaire international.
Agenda commercial : de Genève à Paris, une séquence cohérente
Le déplacement européen du chef de l’État ivoirien avait débuté à Genève, où il avait pris la parole à la Conférence présidentielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Son intervention portait sur le parcours de la Côte d’Ivoire en matière d’échanges, d’investissements étrangers et de coopération au développement, trois piliers qui structurent la stratégie économique engagée depuis 2011.
Cette séquence genevoise éclaire l’étape parisienne. Premier producteur mondial de cacao avec environ 2,2 millions de tonnes récoltées lors de la campagne 2023-2024, la Côte d’Ivoire négocie depuis plusieurs années avec l’Union européenne la mise en œuvre du règlement sur la déforestation importée, dont l’entrée en vigueur a été reportée à fin 2025. Paris constitue à ce titre un relais indispensable dans la discussion avec Bruxelles, alors qu’Abidjan réclame un accompagnement technique et financier pour la traçabilité de sa filière.
Le volet hydrocarbures pèse également dans les échanges. La découverte du gisement Baleine par ENI en 2021, suivie de celle de Calao en 2024, a replacé la Côte d’Ivoire sur la carte énergétique du golfe de Guinée. Les majors françaises, TotalEnergies en tête, suivent de près l’évolution du cadre contractuel ivoirien.
En toile de fond, la transition politique ivoirienne
Au-delà des dossiers techniques, la rencontre revêt une dimension politique difficile à ignorer. Alassane Ouattara, 84 ans, a été réélu lors de la présidentielle d’octobre 2025 pour un quatrième mandat, dans un scrutin marqué par l’exclusion de plusieurs figures de l’opposition, dont Tidjane Thiam et Laurent Gbagbo. La question de la succession, longtemps différée depuis la disparition brutale du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly en 2020 puis celle de Hamed Bakayoko en 2021, reste ouverte.
Pour l’Élysée, préserver un canal direct avec un président dont le mandat court jusqu’en 2030 constitue un impératif. Emmanuel Macron, dont le quinquennat s’achève en 2027, cherche à consolider les acquis de sa doctrine africaine formalisée dans le discours du 27 février 2023, qui plaidait pour un « partenariat renouvelé ». La tonalité de ce discours a depuis été largement rattrapée par les reculs militaires et l’érosion de l’influence française dans la sous-région.
Concrètement, les deux chefs d’État ont donc eu à traiter d’un agenda dense, articulant stabilité régionale, gouvernance économique continentale et préparation des prochaines échéances multilatérales. La durée de l’entretien suggère que les sujets de fond n’ont pas été évacués au profit du symbolique. Reste à voir quelles traductions opérationnelles, dans les semaines à venir, viendront donner corps à ces deux heures de conversation.
Pour aller plus loin
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