Le procès des 84 soldats des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) s’est ouvert à Kisangani, dans la province de la Tshopo, devant la juridiction militaire. Les militaires sont poursuivis pour des faits survenus en début d’année à Pinga, localité du territoire de Walikale, au Nord-Kivu. L’acte d’accusation retient trois qualifications lourdes : la révolte, le refus de combattre et la dissipation de munitions de guerre. L’audience se tient alors que l’armée congolaise est mobilisée sur plusieurs fronts contre la coalition rebelle de l’Alliance Fleuve Congo et du Mouvement du 23 mars (AFC/M23), appuyée selon Kinshasa par les forces armées rwandaises.
Une affaire née des tensions sur les primes de combat
Selon les éléments rendus publics, les faits reprochés aux prévenus se sont noués autour du paiement des primes dues aux unités déployées en zone opérationnelle. Pinga, position stratégique sur l’axe Walikale, a été le théâtre de scènes d’indiscipline qui auraient conduit certains militaires à refuser l’ordre d’engagement. La hiérarchie y voit une atteinte directe à la chaîne de commandement, dans un contexte où la pression rebelle s’est intensifiée sur plusieurs localités du Nord-Kivu. La question des soldes et des primes empoisonne de longue date la troupe congolaise, malgré les revalorisations annoncées par le gouvernement depuis l’extension du conflit.
Le choix de Kisangani, à plusieurs centaines de kilomètres du théâtre des opérations, n’est pas anodin. Délocaliser le procès permet d’éloigner les prévenus du front, mais aussi d’affirmer la portée nationale du dossier. La cour militaire opérationnelle entend faire de cette audience un avertissement, alors que des cas de désertion et de fraternisation avec l’ennemi ont été signalés ces derniers mois dans plusieurs unités déployées à l’Est.
Restaurer l’autorité dans une armée éprouvée
Pour l’état-major, l’enjeu dépasse le seul cadre disciplinaire. Les FARDC subissent depuis trois ans une guerre d’usure face à l’AFC/M23, qui contrôle de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dont la ville de Goma. La cohésion des unités, leur loyauté et leur capacité à exécuter les ordres conditionnent la suite des opérations. Plusieurs officiers supérieurs ont déjà été sanctionnés au cours des derniers mois, et des procès en cour militaire opérationnelle se sont multipliés à Goma, Bukavu puis Kinshasa.
La dissipation de munitions, troisième grief retenu contre les 84 militaires, renvoie à une préoccupation récurrente du commandement : la fuite d’armements et de cartouches vers les groupes armés. Les enquêtes internes pointent depuis des années des circuits parallèles d’écoulement de matériel militaire au profit de milices ou de la rébellion. La qualification, lorsqu’elle est retenue, expose les prévenus à des peines particulièrement sévères au regard du code judiciaire militaire congolais.
Un signal politique adressé à la troupe
Le pouvoir civil suit l’affaire avec attention. Le président Félix Tshisekedi a fait de la remise en ordre des FARDC un axe central de son second mandat, après plusieurs revers militaires majeurs. Les procès collectifs comme celui de Kisangani s’inscrivent dans cette stratégie de réaffirmation de l’autorité, qui passe aussi par la mise en place de juridictions itinérantes et par l’accélération des décisions en matière disciplinaire. Le ministère de la Défense a parallèlement engagé un effort de bancarisation des soldes pour limiter les détournements le long de la chaîne hiérarchique.
Reste que le risque, pour l’institution judiciaire, est de voir l’audience se transformer en tribune où la troupe exposerait publiquement ses griefs sur les conditions de combat, l’équipement et les arriérés de prime. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont déjà demandé que les droits de la défense soient pleinement garantis, compte tenu de la lourdeur des charges et de la possibilité de peines capitales prévues par le code pénal militaire pour les faits de révolte en temps de guerre. Le verdict, attendu dans les prochaines semaines, sera scruté à Kinshasa comme dans les états-majors régionaux. Selon RFI Afrique.
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