Saint-Louis : les industries extractives ont généré 39,6 milliards FCFA en 2024

Bright orange LNG carrier ship cruising through calm sea waters on a clear day.Photo : Oleksiy Yeshtokyn,🌻🇺🇦🌻 / Pexels

La région de Saint-Louis a vu transiter 39,6 milliards de francs CFA de recettes issues des industries extractives au titre de l’exercice 2024, selon les chiffres communiqués par le Comité national de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE-Sénégal). Le constat a été dressé au terme d’une tournée nationale destinée à restituer auprès des populations locales les données collectées dans le cadre du dernier rapport de conciliation. Pour le nord du pays, longtemps perçu comme une zone agricole et halieutique, cette manne marque un basculement économique notable.

Saint-Louis, nouvelle vitrine de l’économie extractive sénégalaise

Le démarrage de la production de gaz naturel liquéfié sur le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), exploité conjointement avec la Mauritanie, a profondément modifié la cartographie des flux financiers du secteur. Saint-Louis, port d’attache de cette infrastructure offshore, capte désormais une part significative des redevances, taxes superficiaires et autres paiements versés à l’État. Le chiffre de 39,6 milliards de FCFA, mis en avant par l’ITIE, reflète cette montée en puissance, même si la décomposition précise par opérateur reste à éclairer dans le détail.

L’enjeu dépasse la seule comptabilité publique. Pour les autorités locales, la question est désormais celle de la traçabilité des revenus et de leur retombée effective sur les territoires hôtes. Le mécanisme ITIE, auquel le Sénégal adhère depuis 2013, impose la publication des paiements effectués par les compagnies extractives et leur rapprochement avec les recettes déclarées par l’État. C’est ce travail de réconciliation qui sous-tend les données restituées aux acteurs régionaux.

Transparence et acceptabilité sociale : un équilibre à construire

La démarche de restitution menée par le Comité national vise à combler le déficit d’information qui nourrit, dans plusieurs zones d’exploitation, des tensions entre opérateurs, autorités et communautés riveraines. À Saint-Louis, les pêcheurs de la Langue de Barbarie expriment depuis plusieurs années des inquiétudes sur l’impact de l’activité offshore sur leurs zones de pêche. La publication d’agrégats financiers permet de poser un cadre objectif au débat, sans pour autant épuiser les attentes en matière d’indemnisation et de reconversion économique.

Le gouvernement a engagé, depuis 2024, une refonte du cadre régissant les contenu local et la fiscalité extractive, avec un accent mis sur la part des recettes affectées aux collectivités territoriales. Le Fonds intergénérationnel et le Fonds de stabilisation, prévus par la loi relative à la répartition des revenus issus des hydrocarbures, doivent canaliser une fraction des ressources vers les générations futures. La diffusion des données ITIE constitue, dans cette architecture, un préalable à toute redevabilité crédible.

Un signal pour les investisseurs et les bailleurs

Au-delà des considérations citoyennes, le chiffre avancé par l’ITIE retient l’attention des investisseurs et des partenaires financiers. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international suivent de près la mise en œuvre des engagements de transparence pris par Dakar, dans un contexte de renégociation des contrats pétroliers et gaziers initiée par le pouvoir issu de l’élection présidentielle de mars 2024. La cohérence entre les recettes publiées par les compagnies et celles enregistrées par le Trésor conditionne en partie le maintien du statut de pays conforme à la norme ITIE.

Reste que la performance financière du secteur ne saurait masquer ses fragilités. La volatilité des prix du gaz, le poids des amortissements consentis aux opérateurs lors des premières années de production et les ajustements liés au partage des recettes avec la Mauritanie peuvent peser sur les exercices à venir. Les 39,6 milliards de francs CFA générés en 2024 dans la région de Saint-Louis constituent donc un point de départ plutôt qu’un palier acquis. La capacité du Comité national ITIE à actualiser, vulgariser et territorialiser ces données déterminera la portée concrète de l’exigence de transparence dans le nouveau cycle extractif sénégalais. Selon PressAfrik.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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