SONOCO vise 15 millions de poulets par an au Gabon

A woman feeds ducks and chickens on a rural farm in Kiambu County, Kenya.Photo : Nicholas Githiri / Pexels

Le groupe guinéen SONOCO entend bousculer le marché avicole gabonais. Reçu en audience par le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, le conglomérat panafricain a précisé les contours d’un projet d’investissement massif destiné à structurer une filière encore largement dépendante des importations. L’opérateur table sur une production annuelle supérieure à 15 millions de poulets, un volume sans précédent pour le pays.

La démarche s’inscrit dans la stratégie de diversification économique défendue par les autorités de transition, soucieuses de réduire la facture alimentaire et de doper l’emploi rural. Le Gabon importe en effet l’essentiel de la viande de volaille consommée sur son territoire, une dépendance régulièrement pointée du doigt comme un frein à la souveraineté alimentaire.

Une chaîne de valeur intégrée de l’amont à l’aval

Le projet porté par SONOCO se veut intégré, c’est-à-dire couvrant l’ensemble des maillons productifs : élevage, alimentation animale, abattage, transformation et distribution. Cette architecture verticale doit permettre au groupe de maîtriser ses coûts, de sécuriser ses approvisionnements et d’offrir au marché local une protéine animale à des prix compétitifs face aux poulets congelés importés du Brésil, des États-Unis ou d’Europe.

L’investissement prévoit notamment la construction d’unités d’élevage modernes, d’une provenderie destinée à fabriquer localement les aliments composés, ainsi que d’infrastructures de transformation respectant les standards sanitaires internationaux. Pour un pays où la filière avicole demeure embryonnaire, le saut industriel envisagé pourrait redessiner durablement le paysage agroalimentaire.

Le groupe guinéen, déjà actif dans plusieurs segments industriels en Afrique de l’Ouest, capitalise sur une expérience continentale pour aborder le marché gabonais. La dimension panafricaine de SONOCO constitue un argument mis en avant par les autorités, qui voient dans ce partenariat un exemple concret de coopération Sud-Sud entre Conakry et Libreville.

Souveraineté alimentaire et substitution aux importations

Pour Libreville, l’enjeu dépasse la seule volaille. La balance commerciale gabonaise reste lourdement grevée par les importations de denrées alimentaires, dans un pays pourtant doté de vastes terres arables et d’un climat propice à l’agriculture. Réduire cette dépendance figure parmi les priorités affichées par le président Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir.

L’arrivée d’un investisseur structurant dans l’aviculture s’inscrit dans cette logique. En produisant localement plusieurs millions de poulets par an, SONOCO contribuerait mécaniquement à comprimer les sorties de devises liées à l’importation de viande congelée. Le projet est également présenté comme un levier de création d’emplois directs et indirects, notamment dans les zones rurales où l’élevage industriel pourrait fixer une main-d’œuvre jeune en quête de débouchés.

Reste que la réussite d’une telle ambition suppose de lever plusieurs verrous structurels. L’accès au foncier, la disponibilité de matières premières pour l’alimentation animale, la stabilité du cadre réglementaire et la logistique de distribution figurent parmi les défis classiques rencontrés par les opérateurs avicoles en Afrique centrale. La capacité du groupe à sécuriser ces paramètres déterminera la trajectoire effective du projet.

Un signal envoyé aux investisseurs régionaux

Au-delà du seul cas SONOCO, la séquence diplomatique et économique illustre la volonté de Libreville d’attirer des capitaux africains dans les secteurs productifs. Le choix de recevoir au plus haut niveau un groupe guinéen, plutôt qu’un acteur occidental ou asiatique, traduit une réorientation des priorités vers une intégration continentale plus assumée.

Le calendrier de déploiement et le montant exact de l’investissement n’ont pas été communiqués à l’issue de l’audience présidentielle. Les prochaines étapes porteront vraisemblablement sur la signature d’accords-cadres, l’identification des sites d’implantation et la mobilisation des financements. Pour les autorités gabonaises, transformer cette annonce en réalité industrielle constituera le véritable test.

Selon Gabon Review, le conglomérat a confirmé son engagement à l’occasion d’une rencontre directe avec le chef de l’État gabonais.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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