Alucam renoue avec un bénéfice de 279 millions de FCFA en 2025

A seasoned worker stands by a furnace in an industrial foundry, casting a warm glow.Photo : Mehmet Turgut Kirkgoz / Pexels

Le principal producteur d’aluminium primaire du Cameroun a publié des comptes 2025 qui marquent une rupture avec la séquence catastrophique des derniers exercices. Alucam affiche un résultat net bénéficiaire de 279,3 millions de FCFA au 31 décembre 2025, contre une perte nette de 23,8 milliards de FCFA en 2024. Le rebond, sur le papier, est spectaculaire. Il intervient pourtant alors que l’activité industrielle continue de se contracter et que la structure financière de l’entreprise reste profondément déséquilibrée.

Le chiffre d’affaires recule en effet de 15,3% sur un an, à 79,9 milliards de FCFA contre 94,4 milliards un an auparavant. Cette érosion reflète la baisse des ventes de produits fabriqués, conséquence directe d’un outil industriel qui tourne toujours en deçà de sa capacité nominale. Depuis le sinistre électrique survenu en 2020, qui avait endommagé plusieurs cuves d’électrolyse du site d’Édéa, l’usine n’a jamais retrouvé son régime de croisière.

Un redressement opérationnel porté par un poste comptable atypique

Sur le plan opérationnel, le retour à meilleure fortune est réel. L’excédent brut d’exploitation (EBE) repasse en territoire positif à 14,3 milliards de FCFA, après un déficit de 9,4 milliards en 2024. Le résultat d’exploitation suit la même trajectoire, à 6 milliards de FCFA, contre une perte de 18,1 milliards l’exercice précédent. Cette amélioration tient en partie à une discipline de coûts retrouvée.

Les achats de matières premières et fournitures liées reculent de 6,6%, à 48,7 milliards de FCFA, tandis que les autres achats se replient de près de 17%, à 24,5 milliards. Les charges de personnel passent de 8,87 à 8,24 milliards de FCFA, et les services extérieurs reviennent à 5,93 milliards, contre 7,64 milliards un an plus tôt. La rigueur sur les charges courantes est donc tangible.

Reste un point décisif pour comprendre la nature du rebond. Le poste comptable « autres produits » bondit de 1,07 milliard de FCFA en 2024 à près de 25 milliards en 2025. Ce poste ne traduit pas les ventes courantes d’aluminium, qui relèvent du chiffre d’affaires, mais des éléments hors exploitation principale. Sans cette ligne, l’équation comptable de l’exercice serait très différente. Le redressement d’Alucam est donc, pour partie, le produit d’un effet ponctuel davantage que d’un retour pérenne à la rentabilité industrielle.

Une structure financière toujours sinistrée

La photographie bilancielle de fin 2025 confirme la fragilité de la convalescence. Les capitaux propres demeurent négatifs à hauteur de 51,8 milliards de FCFA, contre 52,1 milliards un an auparavant. Le mouvement est minime. Concrètement, l’entreprise reste techniquement en situation de fonds propres dégradés, ce qui suppose une recapitalisation ou un adossement industriel pour assainir durablement son bilan.

Les charges financières continuent par ailleurs de peser. Les frais financiers et charges assimilées atteignent 4,16 milliards de FCFA en 2025, contre 3,81 milliards en 2024. Le résultat financier ressort déficitaire de 4,04 milliards. La trésorerie nette est négative de 17,5 milliards de FCFA à fin 2025, en dégradation par rapport aux 15,9 milliards observés un an plus tôt. Les flux de trésorerie issus de l’exploitation sont eux-mêmes négatifs de 13 milliards, sous l’effet d’une variation défavorable du passif circulant. Seul le recours à des dettes financières additionnelles permet à l’entreprise de maintenir son équilibre de caisse.

Un actif stratégique sous pression de repreneurs

Ce profil financier explique l’intensité des manœuvres autour du capital de l’aluminier camerounais. Plusieurs candidats à la reprise se sont manifestés ces derniers mois, dont Naxya Holding, qui a proposé 100 milliards de FCFA à l’État camerounais pour reprendre et moderniser l’outil industriel, ou encore le singapourien Eagle Eye, filiale du groupe Arise IIP. La modernisation des cuves d’électrolyse, la sécurisation de l’alimentation électrique et la relance des volumes constituent les chantiers prioritaires d’un éventuel repreneur.

Pour Yaoundé, l’enjeu dépasse le seul équilibre comptable d’une société d’État. Alucam reste un actif structurant de la stratégie d’industrialisation, intégré à un écosystème qui comprend Proalu SA, future unité de transformation de l’aluminium évaluée à 88 milliards de FCFA. Le retour symbolique aux bénéfices en 2025 offre une fenêtre politique pour négocier dans de meilleures conditions, mais ne signe pas, à ce stade, le redressement industriel attendu. Selon Investir au Cameroun, l’entreprise demeure engagée dans une phase délicate de stabilisation.

Pour aller plus loin

Engrais en Afrique : les limites d’une stratégie de souveraineté · La CDC plonge dans le rouge avec 20 milliards FCFA de pertes en 2025 · Industrialisation : le Maroc devance l’Afrique du Sud, une première

Actualité africaine

About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

Be the first to comment on "Alucam renoue avec un bénéfice de 279 millions de FCFA en 2025"

Laisser un commentaire