Tigré : la médiation de l’UA piétine face à Addis-Abeba

Front view of the Riksdag building with Swedish and EU flags on a sunny day.Photo : Pixabay / Pexels

Le déplacement de l’envoyé spécial de l’Union africaine (UA) pour la Corne de l’Afrique à Mekele, le 24 août, s’est soldé par un constat d’échec. Selon les autorités intérimaires du Tigré, la rencontre n’a permis aucun progrès tangible dans les discussions avec Addis-Abeba sur l’application intégrale de l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria en novembre 2022. La médiation continentale, qui avait pourtant présidé à la fin d’une guerre estimée à plusieurs centaines de milliers de morts, apparaît désormais grippée.

Un accord de Pretoria toujours partiellement appliqué

Trois ans après sa signature, l’accord conclu sous l’égide de l’UA reste inachevé sur plusieurs de ses volets les plus sensibles. Le retour des personnes déplacées internes, dont le nombre se compte en centaines de milliers, demeure conditionné à la restitution de territoires que le Tigré considère comme siens, notamment dans les zones occidentales de la région. Ces territoires disputés sont actuellement administrés par les autorités de la région voisine d’Amhara, avec l’appui des forces fédérales, ce qui alimente une tension larvée.

Le désarmement des combattants tigréens, autre pilier de l’accord, a été engagé mais reste incomplet. Les autorités régionales conditionnent son achèvement à des garanties politiques et sécuritaires qu’Addis-Abeba tarde à formaliser. À l’inverse, le gouvernement fédéral estime que la mise en œuvre progresse et pointe la responsabilité des acteurs régionaux dans les blocages.

Une administration intérimaire fragilisée à Mekele

La situation politique interne au Tigré complique la tâche des médiateurs. L’administration intérimaire, censée piloter la transition jusqu’à la tenue d’élections régionales, est traversée par de vives dissensions. Le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), acteur historique de la région, connaît des lignes de fracture profondes entre partisans du dialogue avec Addis-Abeba et tenants d’une ligne plus rigide. Cette fragmentation prive la partie tigréenne d’un interlocuteur unifié face au pouvoir fédéral.

Dans ce contexte, la visite de l’émissaire panafricain visait à recréer un canal de discussion opérationnel entre les deux parties. Les autorités de Mekele estiment que ces bons offices se sont heurtés à l’absence de volonté politique côté fédéral pour trancher les dossiers en suspens. Aucun calendrier précis n’a été communiqué à l’issue de la rencontre.

Une Corne de l’Afrique sous pression stratégique

Le blocage tigréen s’inscrit dans un environnement régional particulièrement instable. L’Éthiopie fait face à plusieurs foyers de tension simultanés, notamment en région Amhara, où l’insurrection des milices Fano se poursuit, et en Oromia, où l’Armée de libération oromo reste active. Le premier ministre Abiy Ahmed doit également gérer les répercussions diplomatiques de son mémorandum de janvier 2024 avec le Somaliland, qui a détérioré durablement les relations avec Mogadiscio.

À cela s’ajoute la question sensible de l’accès de l’Éthiopie à la mer, portée publiquement par Addis-Abeba et perçue comme une menace par plusieurs voisins, dont l’Érythrée. Or Asmara, longtemps allié de circonstance du pouvoir fédéral contre le TPLF durant la guerre du Tigré, entretient désormais des rapports beaucoup plus froids avec Abiy Ahmed. Plusieurs observateurs redoutent qu’un nouvel embrasement régional ne trouve un terrain favorable si la question tigréenne n’est pas stabilisée.

Pour l’Union africaine, l’enjeu dépasse largement le seul dossier éthiopien. La capacité de l’organisation à faire respecter un accord de paix qu’elle a elle-même parrainé constitue un test de crédibilité pour son architecture de sécurité continentale. La mission de suivi et de vérification déployée après Pretoria a vu son mandat renouvelé à plusieurs reprises, sans qu’un mécanisme contraignant ait été mis en place à ce jour.

Reste la question du calendrier politique. Des élections générales sont attendues en Éthiopie en 2026, et la tenue d’un scrutin régional au Tigré demeure suspendue au règlement des points contentieux. Sans avancée diplomatique rapide, le risque de voir se réinstaller un statu quo dégradé, propice à de nouvelles fractures, se renforce. Selon PressAfrik, les autorités tigréennes n’ont pas caché leur déception à l’issue de la visite du représentant de l’UA.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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