Foncier à Guédiawaye : le Forum Civil dénonce un rétropédalage

Aerial view of densely populated urban residential area with varied rooftops and narrow streets.Photo : Workman House / Pexels

Le foncier à Guédiawaye s’impose une nouvelle fois comme un test politique pour les autorités sénégalaises. La branche locale de Transparency International, le Forum Civil, reproche aux nouveaux dirigeants un revirement sur la gouvernance des terres dans ce département de la banlieue nord de Dakar. L’organisation, connue pour ses positions offensives en matière de transparence publique, estime que les décisions récentes contredisent les engagements affichés depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko en mars 2024.

Un dossier foncier hautement symbolique en banlieue dakaroise

Guédiawaye n’est pas un département comme les autres. Coincée entre l’océan et les zones humides, cette collectivité de la grande banlieue dakaroise concentre depuis deux décennies les tensions urbaines les plus vives du Sénégal. Pression démographique, spéculation immobilière, empiètements sur des zones classées non aedificandi : chaque parcelle y devient un enjeu politique et financier. Les précédents régimes ont été régulièrement épinglés pour des attributions jugées opaques, notamment sur le littoral et sur les emprises publiques.

C’est précisément ce passif que la coalition au pouvoir avait promis de solder. La campagne présidentielle, puis les législatives anticipées de novembre 2024, ont été portées par un discours de rupture, articulé autour de la transparence, de la reddition des comptes et de la souveraineté des ressources nationales. Le foncier, aux côtés des hydrocarbures et des marchés publics, figurait au cœur de ce triptyque.

Le Forum Civil pointe une contradiction avec la rupture affichée

Dans sa sortie, le Forum Civil emploie un terme lourd de sens politique : rétropédalage. L’organisation considère que la nouvelle gouvernance reprend, sur le dossier de Guédiawaye, des méthodes contre lesquelles elle s’était pourtant construite. Sans dévoiler l’ensemble des actes contestés, la structure évoque des décisions administratives qui rappelleraient les pratiques dénoncées sous l’ère précédente. L’accusation est d’autant plus embarrassante qu’elle émane d’un acteur de la société civile reconnu, longtemps allié objectif du discours de moralisation porté par le Pastef avant son accession au pouvoir.

Le vocabulaire choisi n’est pas anodin. Parler de rétropédalage, c’est renvoyer les nouvelles autorités à leurs propres engagements et suggérer un écart entre le récit officiel et la pratique administrative. Pour un exécutif qui a fait de l’exemplarité un marqueur identitaire, la critique porte un coût politique réel, en particulier auprès d’une base électorale sensible aux questions de gouvernance.

Un défi structurel pour la gouvernance foncière sénégalaise

Au-delà du cas guédiawayois, l’alerte du Forum Civil renvoie à une problématique de fond que le Sénégal peine à résoudre depuis des décennies. Le régime foncier hérité de la loi sur le domaine national de 1964 conjugue attributions coutumières, prérogatives communales et interventions de l’État central, dans un enchevêtrement propice aux contestations. Chaque exécutif, depuis Abdou Diouf, a promis une réforme d’ampleur. Aucune n’a véritablement abouti.

Les Assises nationales du foncier, engagées sous l’ancienne majorité, n’ont pas produit les arbitrages législatifs attendus. Le nouveau pouvoir avait laissé entendre qu’il reprendrait ce chantier, en le couplant à une politique d’aménagement rééquilibrant Dakar et les régions intérieures. À ce stade, aucun texte structurant n’a été adopté, ce qui laisse la porte ouverte à des décisions au cas par cas, précisément le type de gouvernance que dénoncent les organisations de veille citoyenne.

La sortie du Forum Civil intervient également dans un contexte où plusieurs collectifs de riverains, à Guédiawaye comme dans les communes voisines de Pikine et de Malika, contestent des affectations de terrains. Ces mobilisations locales, souvent relayées par la presse dakaroise, pèsent sur l’image des maires et des services de l’urbanisme. Elles obligent l’exécutif à clarifier sa doctrine, entre respect des droits acquis et volonté de renégocier les attributions jugées irrégulières.

Reste à voir la réponse des autorités. Le silence prolongé alimenterait la thèse du recul, tandis qu’un geste fort, par exemple la suspension des actes contestés ou la saisine de l’Inspection générale d’État, permettrait de recrédibiliser le discours de rupture. Selon Seneweb, le Forum Civil entend maintenir la pression et continuer à documenter la gestion foncière du département.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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