Les discussions engagées ces dernières semaines entre la diplomatie égyptienne et ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) autour du dossier iranien mettent au jour une carte régionale profondément redessinée. Le Caire, qui cherche à consolider son rôle de médiateur entre les puissances arabes et Téhéran, constate un glissement notable des positions saoudienne et émirienne, désormais plus ouvertes au dialogue avec la République islamique. À l’inverse, le Koweït adopte une posture nettement plus ferme, à rebours de la tendance qui s’esquisse chez ses voisins.
Riyad et Abou Dhabi, une flexibilité assumée envers Téhéran
La reprise des relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et l’Iran, scellée en mars 2023 sous médiation chinoise, continue de produire ses effets. Selon les consultations rapportées par la presse libanaise, les responsables saoudiens plaident désormais pour une désescalade méthodique et une gestion pragmatique des points de friction régionaux, du Yémen au Liban. Le royaume, engagé dans la mise en œuvre de son plan Vision 2030, privilégie un environnement sécuritaire prévisible, condition d’attractivité pour les investisseurs étrangers.
Les Émirats arabes unis suivent une trajectoire comparable, mais avec une longueur d’avance. Abou Dhabi a rétabli une ambassade à Téhéran dès 2022 et cultive avec l’Iran des liens économiques anciens, portés par les circuits commerciaux de Dubaï. Les émissaires émiriens auraient signifié à leurs interlocuteurs égyptiens que la logique de confrontation frontale n’était plus tenable, à mesure que les équilibres du Golfe se déplacent vers une architecture multipolaire intégrant Pékin, Moscou et Washington.
Le raidissement koweïtien, une exception révélatrice
La position du Koweït tranche avec cette dynamique. Les autorités de l’émirat afficheraient une inquiétude accrue à l’égard des activités attribuées à Téhéran, notamment dans le champ maritime et sur le dossier sensible du gisement gazier partagé de Dorra, revendiqué conjointement avec l’Arabie saoudite. Cette réserve d’hydrocarbures, source de contentieux récurrents avec l’Iran, cristallise les crispations et explique en partie la fermeté koweïtienne.
Ce durcissement s’inscrit également dans un contexte politique interne renouvelé. Depuis l’accession au trône du cheikh Meshal al-Ahmad al-Sabah en décembre 2023 et la dissolution du Parlement en 2024, l’exécutif koweïtien a consolidé sa mainmise sur la politique étrangère. Cette centralisation semble avoir favorisé une lecture plus sécuritaire du voisinage régional, où la menace iranienne, notamment via les réseaux d’influence chiites, est perçue comme structurante.
Le Caire en chef d’orchestre d’une position arabe fragmentée
L’Égypte, dont les relations avec Téhéran demeurent gelées depuis la révolution islamique de 1979, tente néanmoins de reprendre pied dans les équilibres du Golfe. Ses consultations avec les capitales arabes visent à cartographier les marges de manœuvre disponibles avant toute inflexion de sa propre diplomatie. Le président Abdel Fattah al-Sissi, confronté à une crise économique persistante et à la guerre à Gaza, a intérêt à se positionner en médiateur crédible auprès des bailleurs du Golfe.
Concrètement, les échanges rapportés dessinent une équation à plusieurs inconnues. Riyad et Abou Dhabi souhaitent institutionnaliser un dialogue régional englobant l’Iran, quitte à contourner les préventions traditionnelles de Washington. Le Koweït, plus proche des lignes défensives américaines, freine ce mouvement et cherche à préserver un rapport de force. Manama, Doha et Mascate, dont les nuances ne sont pas détaillées dans les consultations, restent en position d’arbitrage.
Reste la variable la plus imprévisible : la trajectoire même de Téhéran. Les tensions autour du programme nucléaire iranien, la pression exercée par la nouvelle administration américaine et l’affaiblissement de l’axe régional post-Gaza modifient les calculs iraniens. Les diplomates arabes consultés estiment qu’une fenêtre de désescalade existe, mais qu’elle reste étroite. Sa préservation dépendra autant des capitales du Golfe que des choix stratégiques qui se dessinent à Téhéran. Selon Al Akhbar, ces consultations se poursuivent à un rythme soutenu, sans qu’aucune position commune n’ait pour l’heure émergé.
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