Le président de la Commission de l’Union africaine (UA) s’est rendu à Ouagadougou le 16 juillet 2026 pour une visite officielle auprès des autorités burkinabè. Au cœur des échanges, la nécessité d’un dialogue plus soutenu entre l’organisation continentale et les trois États réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), à savoir le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Cette séquence diplomatique intervient alors que les relations entre Addis-Abeba et les capitales sahéliennes se cherchent depuis la formalisation de la Confédération de l’AES, actée en juillet 2024.
Une visite pour recoudre le fil sahélien
Le déplacement du chef de la Commission de l’UA à Ouagadougou revêt une portée symbolique forte. Depuis la vague de transitions politiques survenues à Bamako, Ouagadougou puis Niamey, les rapports entre l’institution panafricaine et les trois capitales avaient été marqués par des suspensions, des sanctions et une communication tendue. En choisissant de se rendre en personne au Burkina Faso, le président de la Commission opte pour la voie du contact direct, préférée aux communiqués distants.
Sur place, le responsable de l’UA a défendu l’idée qu’aucune sortie de crise durable n’était envisageable sans un canal de discussion permanent avec les autorités burkinabè et, par extension, avec leurs partenaires malien et nigérien. L’argument s’appuie sur un constat opérationnel : la lutte contre les groupes armés terroristes actifs dans la zone des trois frontières, la sécurisation des corridors logistiques et la gestion des flux de populations déplacées supposent une coordination continentale que l’isolement diplomatique rend impraticable.
L’AES, un bloc désormais incontournable
Depuis sa transformation en confédération, l’Alliance des États du Sahel a consolidé ses institutions communes, avec un projet de force conjointe, une réflexion sur une monnaie de règlement et des initiatives sectorielles dans les mines, l’énergie et les télécommunications. Les trois pays ont par ailleurs officialisé leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), redessinant en profondeur l’architecture régionale ouest-africaine.
Face à cette recomposition, l’UA se trouve devant un choix stratégique. Soit maintenir une posture normative fondée sur les principes de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, quitte à s’aliéner durablement trois États membres. Soit privilégier un pragmatisme qui intègre les nouvelles réalités politiques, dans la logique déjà expérimentée avec d’autres régimes issus de transitions. Le déplacement à Ouagadougou suggère un glissement vers la seconde option, sans que l’organisation renonce publiquement à ses standards.
Sécurité, souveraineté et repositionnement
Pour les autorités burkinabè, la venue du président de la Commission constitue une forme de reconnaissance de facto. Ouagadougou a fait de la souveraineté sécuritaire et économique le socle de son discours officiel, et revendique un droit à définir sa propre trajectoire politique. Le pouvoir de transition met en avant les résultats obtenus, selon lui, dans la reconquête de portions du territoire, tout en dénonçant les partenariats jugés déséquilibrés hérités de la période antérieure.
Dans le même temps, la question des calendriers de retour à l’ordre constitutionnel reste posée. L’UA, tout comme plusieurs partenaires bilatéraux, continue de suivre cette échéance avec attention. Un dialogue plus fluide pourrait offrir un cadre pour discuter, sans mise en scène de rupture, des paramètres d’une transition compatible avec les engagements africains du Burkina Faso.
Reste que le repositionnement diplomatique des trois pays de l’AES ne se limite pas au cadre continental. Bamako, Ouagadougou et Niamey ont multiplié les partenariats avec Moscou, Ankara, Téhéran ou encore certains acteurs du Golfe, redessinant la carte de leurs alliances. L’UA cherche à éviter que ce mouvement ne se traduise par une marginalisation durable de son influence sur un espace stratégique du continent. Selon PressAfrik, le président de la Commission a insisté à Ouagadougou sur la nécessité d’intensifier les échanges avec les États de l’AES.
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