L’UE interdit les importations d’or du Soudan pour freiner la guerre

High-angle shot of fine gold bars with a luxury watch and branded packaging.Photo : Michael Steinberg / Pexels

L’Union européenne durcit son arsenal de sanctions contre les belligérants soudanais. Bruxelles a décidé d’interdire l’importation d’or en provenance du Soudan, un métal précieux devenu la principale source de financement de la guerre civile qui déchire le pays depuis avril 2023. La mesure vise à assécher les revenus des Forces armées soudanaises (SAF) comme ceux des Forces de soutien rapide (RSF), dont l’affrontement a plongé la corne de l’Afrique dans l’une des crises humanitaires les plus graves de la décennie.

Une décision européenne ciblant le nerf de la guerre soudanaise

Le Conseil de l’UE a acté cette prohibition dans le cadre d’un régime de sanctions élargi, avec pour objectif explicite de couper les flux financiers qui alimentent les combats. L’or soudanais représente aujourd’hui l’une des ressources les plus liquides et les plus opaques du marché mondial. Extrait pour l’essentiel de manière artisanale, il transite par des circuits informels avant d’être raffiné, majoritairement dans le Golfe, puis réexpédié vers les places financières européennes et asiatiques.

Le Soudan figure parmi les premiers producteurs africains du métal jaune. Les autorités de Port-Soudan comme les milices rivales contrôlent chacune des zones minières stratégiques, notamment au Darfour, dans le Kordofan et sur le fleuve Nil. Cette manne, estimée par plusieurs organisations internationales à plusieurs milliards de dollars par an, échappe très largement à toute traçabilité douanière. Bruxelles entend précisément fermer cette porte d’entrée sur son marché unique.

Les RSF et l’armée régulière, deux économies de guerre concurrentes

Depuis le déclenchement du conflit entre le général Abdel Fattah al-Burhan, à la tête des SAF, et son ancien adjoint Mohamed Hamdan Dagalo, dit Hemedti, patron des RSF, l’or joue le rôle de trésor de guerre. Les paramilitaires de Hemedti ont bâti leur puissance financière sur l’exploitation aurifère du Darfour, via un réseau d’entreprises familiales longtemps liées à des partenaires émiratis et russes. En face, l’armée régulière tire elle aussi une part croissante de ses ressources de gisements placés sous son contrôle.

Le bilan humain du conflit est vertigineux. Les Nations unies évoquent des dizaines de milliers de morts, plus de dix millions de déplacés internes et une famine déclarée dans plusieurs régions, en particulier au Darfour du Nord. Face à cette dégradation continue, les Européens cherchent à combiner sanctions individuelles, embargo sur les armes et désormais restrictions commerciales sur les matières premières stratégiques.

Un signal politique aux hubs de raffinage du Golfe

La portée réelle de la mesure dépendra de sa capacité à s’articuler avec les régimes de sanctions américain et britannique, mais aussi à peser sur les intermédiaires régionaux. Les Émirats arabes unis, plaque tournante mondiale du raffinage de l’or, sont directement visés en creux par cette décision européenne. Plusieurs enquêtes onusiennes et d’ONG spécialisées ont documenté ces dernières années le rôle central de Dubaï dans le blanchiment de l’or soudanais, exporté ensuite sous certificats émiratis vers l’Europe, la Suisse et l’Asie.

Pour les diplomaties africaines, la démarche européenne pose une question de cohérence. L’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) peinent à imposer une médiation crédible entre les belligérants. Les initiatives de Djeddah, portées par Riyad et Washington, sont restées largement infructueuses. L’ouverture d’un front économique contre le financement de la guerre pourrait, à terme, contraindre les commanditaires régionaux à revoir leur soutien logistique et financier aux deux camps.

Reste que l’efficacité d’une telle interdiction se heurte à la réalité des routes de contrebande. L’or soudanais peut aisément être refondu, mélangé à d’autres origines et présenté sous un pavillon complaisant. Sans mécanisme de traçabilité robuste, comparable au processus de Kimberley pour les diamants, la prohibition risque de rester déclarative. Bruxelles devra convaincre ses partenaires du Golfe, mais aussi certains États africains voisins comme le Tchad, la Centrafrique ou l’Ouganda, souvent cités comme points de sortie du métal soudanais.

Sur le plan symbolique, la décision européenne marque néanmoins un tournant. Pour la première fois, un acheteur majeur reconnaît explicitement le lien entre commerce aurifère et perpétuation d’un conflit sur le continent africain. Elle ouvre un précédent susceptible d’inspirer d’autres régimes de sanctions ciblant les économies de guerre, du Sahel aux Grands Lacs. Selon Info 241, la mesure entre en vigueur immédiatement et s’accompagne d’un durcissement des interdictions concernant les biens à double usage.

Pour aller plus loin

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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